Mia Dumont - Blog d'une consultante du Superflu...

Mia Dumont – Blog d'une consultante du Superflu…

Beaudelaire: Tristesses de la lune

En gros, je n’aime pas la poésie.  En détail, il en est autrement.  Surtout quand je tombe sur celui-ci que je partage avec vous.

Vous le connaissiez déjà peut-être?  Qu’importe!  Toujours bon de revisiter ses classiques!

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d’une main distraite et légère caresse
Avant de s’endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l’azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d’opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.

Baudelaire, Les Fleurs du mal


Romain Gary

Gary voulait dire « feu ».

C’est l’un de mes auteurs préférés qui a su allumer chez-moi le goût de la lecture et de l’aventure…humaine.   « La promesse de l’aube » explique son parcours.  « La nuit sera calme » sa mélancolie.  Quelqu’un a écrit que c’est le mal-aise ou le chagrin qui font couler les mots et inspirent les écrivains.  Comme toute théorie, il y a du vrai.  Mais je connais aussi des auteurs heureux, comme Jean d’Ormesson, alors…

Mais Gary, c’était une catégorie à part.  Comme l’a été Stephan Zweig.  Des hommes d’une autre époque. Il a tout

Il aurait eu 100 ans aujourd’hui.  Est-ce que cela aurait changé quelque chose à son oeuvre?  Certainement pas.  Et comme les êtres intenses, il brûlait vite et bien.  Tout ce qu’il touchait.

Il s’est éteint de lui-même, lorsqu’il a choisi d’éteindre la lumière.  Voici la lettre d’explication qu’il a laissée.

« 30 août 1979

Pour la presse. Jour J. Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs.

On peut mettre cela évidemment sur le compte d’une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai l’âge d’homme et m’aura permis de mener à bien mon œuvre littéraire. Alors, pourquoi? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique, La nuit sera calme, et dans les derniers mots de mon dernier roman: « Car on ne saurait mieux dire ».

Je me suis enfin exprimé entièrement. »

Qui peut en dire autant?

SADE: le dernier libertin

Je viens de terminer le livre sur SADE écrit par Gonzague Saint-Bris, bel esprit que j’aime beaucoup.  Je ne suis pas certaine d’avoir beaucoup appris, ni que ce soit éminemment intéressant, mais c’était une manière de me pencher sur un sujet que je connais peu – l’über sexualité et la dépravation- et un personnage intriguant doublé d’un auteur que l’on redécouvre et dont les pièces de théâtre seront sans doute redécouvertes bientôt.  Rien que pour cela, la lecture en valait la peine.  Et puis, quelques pages pas sages avant de dormir, ça n’a jamais fait de mal…  Voici donc un article d’Hérodote consacré à Monsieur le Marquis.

Libertin perdu en son siècle, le marquis Donatien de Sade (1740-1814) fait figure d’extraterrestre. Aristocrate riche et égocentrique, évidemment athée, sujet à des accès de colère et de violence, il lui arrivait de maltraiter prostituées et domestiques à une époque où la montée des idéaux démocratiques rendait ces comportements de moins en moins acceptables.

Cela lui valut d’être incarcéré vingt-sept années au total, notamment à Vincennes et à la Bastille. Il mit à profit son oisiveté forcée pour écrire des romans érotiques qui ont fait de lui l’archétype du pervers sexuel au point que l’on a forgé dès 1834 un néologisme pour désigner la cruauté associée au sexe : le sadisme.

Il faut que jeunesse se passe

Donatien Alphonse François de Sade (2 juin 1740 - 2 décembre 1814), esquisse par Carles van Loo vers 1760.Le futur écrivain est né le 2 juin 1740 à l’hôtel parisien de la famille de Condé, à Paris. Élevé au château familial de Saumane, près d’Avignon, il a une première approche du libertinage auprès de son père et de son oncle, un abbé lettré qui vit en galante compagnie avec une mère et sa fille.

Le 17 mai 1763, il épouse une riche héritière, Renée-Pélagie, fille d’un magistrat, le président de Montreuil. Malgré les frasques de Donatien, ou à cause d’elles, le couple s’entend plutôt bien et donne le jour à trois enfants. Leur ménage est une alternance de déclarations passionnées et d’insultes.

Les ennuis commencent la même année, le 29 octobre 1763, avec l’incarcération du jeune homme à Vincennes  sur une accusation de comportements violents et blasphématoires dans un bordel. Il est libéré dès le 13 novembre sur intervention de son père !

Illustration colorisée pour Justine (édition de 1800)Plus grave est l’affaire qui suit. Le 3 avril 1768, une veuve de 36 ans, Rose Keller, l’accuse de l’avoir entraînée dans un bordel, ligotée sur un lit et soumise à différents sévices. Tout cela le jour de Pâques.

Le scandale est immense. Il faut dire que, quelques mois plus tôt, pour bien moins que ça, on a exécuté à Abbeville le malheureux chevalier de la Barre. Mais le marquis, qui a succédé à son père dans ses charges officielles de son père, a l’avantage, lui, d’appartenir à la haute société. Il est libéré dès le mois de novembre.

Son inconduite est notoire, conforme au demeurant à celle de nombreux aristocrates de sa génération, sans parler du vieux roi lui-même qui cherche le plaisir dans l’hôtel du Parc-aux-Cerfs.

Mais une nouvelle affaire vient corser son dossier : quatre filles accusent le marquis et son valet d’avoir tenté de les droguer et les sodomiser dans un hôtel de passe de Marseille, le 25 juin 1772. Condamné à mort par contumace, il échappe à l’exécution mais sa réputation est brisée. Dans l’intérêt de la famille mais aussi pour le protéger contre lui-même, sa belle-mère le fait interner à Vincennes par lettre de cachet le 13 février 1777.

Écrivain raté en quête de gloire

En prison à 37 ans, le marquis de Sade se pique d’écrire et se rêve en auteur de théâtre mais on lui fait comprendre qu’il n’a aucun avenir dans ce genre. Qu’à cela ne tienne, écrit-il, à défaut de s’illustrer dans le théâtre, il s’illustrera par ses écrits érotiques…

Le 29 février 1784, il est transféré à la Bastille. Dans la crainte que ses manuscrits ne soient saisis, il met au net celui auquel il attache le plus de prix, Les Cent-Vingt journées de Sodome. Il le recopie sur d’étroits feuillets collés bout à bout et cache le tout entre deux pierres. Quand il est expulsé de sa cellule, le manuscrit disparaît. Il sera néanmoins publié au XXe siècle.

Libéré le 2 avril 1790, à la faveur des événements révolutionnaires, obèse et quelque peu usé, coupé de sa famille, le marquis fait publier l’année suivante son roman Justine ou les malheurs de la vertu, qui le classe définitivement parmi les auteurs libertins.

Soucieux de respectabilité, il prend le train de la Révolution en marche. Cela n’empêche qu’il demeure attaché au roi et surtout aux privilèges de l’aristocratie : « Je veux qu’on rende à la noblesse son lustre parce que de le lui avoir ôté n’avance à rien ; je veux que le roi soit le chef de la Nation », écrit-il en décembre 1791  ! Il se fait remarquer le 9 octobre 1793 par un Discours aux mânes de Marat et de Le Peletier dans lequel il dénonce le christianisme mais aussi toute forme de religiosité. Ses outrances ont l’heur de déplaire au pudibond Robespierre, qui voit la morale et la religion comme des nécessités sociales.

Le 5 décembre 1793, Sade, à nouveau incarcéré, échappe à la guillotine d’extrême justesse grâce à la chute de Robespierre, le 9 thermidor… Sous le Directoire, enfin, bénéficiant de l’extrême déliquescence des moeurs, il multiplie les publications à caractère pornographique. Mais le vent tourne. Le 6 mars 1801, ses manuscrits sont saisis sur ordre du Premier Consul, qui a le souci de se réconcilier avec l’Église et d’établir un ordre moral respectueux de son autorité. Il est à nouveau enfermé à l’asile de Charenton, près de Paris, où il finira sa vie.

Au diable la morale

Ses romans vont circuler sous le manteau tout au long du XIXe siècle et distraire quelques happy few tels Stendhal, Flaubert, Baudelaire, Verlaine… Publiés dans la prestigieuse édition de la Pléiade en 1990 et aujourd’hui accessibles à tous sur internet, de même que Les Cent-Vingt Journées de Sodome, ils dégagent surtout un profond ennui par la froide répétition de descriptions scatologiques.

Le marquis de Sade considère, à l’opposé de Jean-Jacques Rousseau, que l’homme est foncièrement mauvais par nature et que le mal est voulu par cette même nature. La morale et la religion, en freinant ses penchants naturels, contrarient la nature : « C’est de la nature que je les ai reçus, ces penchants, et je l’irriterais en y résistant ; si elle me les a donnés mauvais, c’est qu’ils devenaient ainsi nécessaires à ses vues. Je ne suis dans ses mains qu’une machine qu’elle meut à son gré, et il n’est pas un de mes crimes qui ne la serve; plus elle m’en conseille, plus elle en a besoin : je serais un sot de lui résister. Je n’ai donc contre moi que les lois, mais je les brave ; mon or et mon crédit me mettent au-dessus de ces fléaux vulgaires qui ne doivent frapper que le peuple ».

Les mots de Nathalie Rheims

Ce livre magnifique est sans doute ce que j’ai lu de plus beau, de plus touchant, de plus juste, de plus vrai.

Il faut beaucoup aimer pour écrire avec sa chair et ses larmes ces courtes lettres si poignantes.

Un tout petit cadeau à se faire pour vraiment comprendre ce que c’est que d’avoir un chagrin d’amour, de pouvoir le mettre en mot. Parler à l’absent, expliquer ce que l’on ressent.  Lui dire qu’on l’aime encore, tout simplement.

Une capacité d’amour infinie, il n’y a que cela de beau et de vrai.  Le reste, c’est de la littérature.

Cavanna: 90 piges déjà!

François Cavanna raconte son histoire, depuis son enfance de fils de Ritals à Nogent-sur-Marne à sa lutte avec «Miss Parkinson», en passant par l’épopée d’Hara-Kiri et Charlie Hebdo.
«Quand j’étais enfant, tout en vivant ma vie je me la racontais. J’ai grandi. Un peu. Pas tellement. Et tout s’est mis à aller si vite que je n’arrivais pas à me raconter les choses au fur et à mesure. Alors, je les mettais de côté. Pour me les raconter plus tard, quand le tourbillon aurait pris une allure plus pépère. Ca n’est jamais arrivé. Alors j’ai raconté d’une main tout en me souvenant de l’autre.
Finalement, je me suis bien amusé. À vivre. À me regarder vivre. Je vous en souhaite autant.»
Dans le style inimitable de l’écrivain des Ritals, Cavanna ressort de ses archives une riche iconographie pour illustrer sa vie : celui qui fut dessinateur avant de se révéler comme écrivain dévoile des photos, images, dessins rares dans un beau livre grand format.
François Cavanna, qui fêtera ses 90 ans en février 2013, a commencé comme dessinateur avant de créer, avec Georges Bernier, Hara-Kiri et Charlie Hebdo. En 1978 paraissent Les Ritals, premier tome d’une autobiographie qui se poursuit avec Les Russkoffs et cinq autres tomes, tout au long de sa vie passée «à se raconter vivre». Cavanna raconte Cavanna reprend des extraits de ces autobiographies, augmentés de documents, photos, dessins, inédits ou introuvables.

À lire!

Françoise Giroud dix ans après…

Gallimard publie une autobiographie de Françoise Giroud

C’était ma préférence à moi.

Ça l’est toujours d’ailleurs.  Aucune auteure n’a pris sa place dans ma bibliothèque et dans mon coeur.

Ceci arrive pour moi comme un beau cadeau de début d’année.  Pour vous aussi j’espère, si vous connaissez et aimez cette femme hors du commun.

Bonne lecture!

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Extrait de L’EXPRESS qu’elle a fondé et longtemps dirigé avec Jean-Jacques Servant-Schreiber, oui, le père de l’autre et l’amour de sa vie.

AFP PHOTO PIERRE FRANCK COLOMBIER

Dix ans après le décès de Françoise Giroud, Gallimard publie une autobiographie, considérée comme disparue pendant des décennies, dans laquelle la fondatrice de L’Express raconte sans concession son enfance, ses débuts de journaliste et sa relation tourmentée avec JJSS.

Lorsqu’elle prend la plume pour écrire Une histoire de femme libre, François Giroud vient de faire une tentative de suicide après sa rupture avec le journaliste Jean-Jacques Servan-Schreiber, sa grande passion. Elle vient aussi de quitter L’Express, l’hebdomadaire qu’elle a créé avec lui en 1953.

La légende voulait qu’elle ait détruit ces écrits. C’est la journaliste et écrivain Alix de Saint-André, son amie, qui trouve le texte après son décès en 2003. « Je n’en ai pas cru mes yeux ! », raconte-t-elle à l’AFP. « En fait, à ma grande surprise, il reposait à l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine, ndlr) sous deux formes: une première version assez brève, racontant surtout sa tentative de suicide, et une seconde, retravaillée, et orchestrée autour du récit de sa vie ».

François Giroud ne voulait pas publier ces écrits

A l’époque, lorsque Françoise Giroud soumet ses écrits à des personnes de confiance, ces dernières trouvent la première version « littérairement mauvaise » et la seconde « tout aussi impubliable ». Françoise Giroud s’était rendue à leur avis, sans protester. Quarante ans après, la grande dame de la presse qualifiera ce texte de « hurlant » et « sauvage », ajoutant: « j’ai eu conscience qu’il ne fallait pas publier cela, qu’il ne faut pas toujours rendre public ce qu’on écrit ».

Alix de Saint-André et Caroline Eliacheff, la fille de Françoise Giroud, décident, elles, de le publier à l’occasion du dixième anniversaire de sa mort, le 19 janvier 2013. Sortiront aussi à cette occasion un récit d’Alix de Saint-André sur Françoise Giroud et une réédition d’un recueil de portraits écrit par cette dernière en 1952.

L’objectif de ces publications : « que ses lecteurs aient la joie de la retrouver telle qu’en elle-même, et que les nouvelles générations, qui ne la connaissent pas, puissent découvrir, de l’intérieur, le parcours de cette femme peu banale », dit Alix de Saint-André.

Elle décrit longuement sa relation avec JJSS

Née France Gourdji le 21 septembre 1916, dans une famille bourgeoise, Françoise Giroud brosse dans Histoire d’une femme libre, le titre originel, un autoportrait sans concession. Entre un père « beau, courageux, brillant » et une mère qui a tous les dons « y compris la beauté », elle se voit comme « quelque chose de ramassé, de compact, de court », une fille « hargneuse, butée » et « incongrue ». Flanquée, de plus, d’un sobriquet inélégant et détesté (« Bouchon »), dont elle ne se débarrassera qu’à l’âge de 23 ans.

Au fil des pages, de sa plume directe et percutante, elle revient sur son enfance, son adolescence désargentée, ses amours contrariées, analyse la société de l’époque. Françoise Giroud détaille sa collaboration avec Hélène Lazareff au sein du magazine Elle entre 1946 et 1953 et la naissance de L’Express, premier news magazine français.

Elle décrypte très longuement sa relation complexe avec JJSS, les raisons de leur séparation, son départ de l’hebdomadaire, et sa tentative de suicide.

Avec

Uggie publie ses Mémoires

Uggie, le terrier Jack Russell qui partageait l’affiche de « The Artist » avec Jean Dujardin, livre les secrets de sa vie de chien comblé d’honneurs dans un ouvrage révélant « ses mémoires authentiques », en librairie le 24 octobre.

Agé de 10 ans, le chien le plus célèbre du cinéma d’aujourd’hui a laissé l’empreinte de sa patte sur Hollywood Boulevard, rejoignant les stars légendaires comme Marilyn Monroe ou Fred Astaire. Il se raconte à la première personne.

Wendy Holden, qui a « recueilli » ses souvenirs, évoque sa naissance en février 2002, sous le signe du Verseau, ce qui lui confère un tempérament « loyal, honnête, inventif, original mais aussi exhibitionniste ».

Il raconte son adoption par Omar, qui l’a sauvé de la fourrière, ses rencontres au cours de ses tournages avec les stars du cinéma et les remises de multiples « Palmes Dogs » qui ont récompensé sa carrière.

Drôle et parfois insolent, Uggie nous apprend comment il a dû s’adapter à la vie en communauté avec toutes sortes d’animaux, surtout les chats. Il évoque longuement son amitié avec Gordo (gros en espagnol), le bouledogue américain de son maître, et brosse les tableaux de ses nombreuses erreurs de jeunesse.

Cabotin, il dresse le portrait parfois surprenant des acteurs, producteurs et réalisateurs de films et confie ses préférences cinématographiques.

De nombreuses photographies immortalisant sa vie d’artiste prouvent qu’il est très photogénique.

« Uggie The Artist, ma vie, mon oeuvre » – Wendy Holden – éd. JC Lattès – 318 pages – 15 euros)

Éloge de l’Enfant Roi

06 juin 2012 FIGARO
Vive le petit roi !

Interview de Marlène Schiappa, fondatrice du réseau Maman travaille et auteure d’“Éloge de l’enfant roi”
Par Sandra Franrenet

Régulièrement houspillé pour la liste longue comme le bras de ses défauts, l’enfant roi revient sur le devant de la scène avec le dernier ouvrage de Marlène Schiappa. Sauf que cette fois, ce n’est pas pour le clouer au pilori, mais pour prendre sa défense. Interview.

Lefigaro.fr/madame. – Un enfant roi, c’est quoi ?
Marlène Schiappa. – C’est l’enfant de l’autre ! J’ai interrogé une vingtaine de parents et une quinzaine d’experts potentiellement parents. Curieusement, personne ne trouve jamais son propre rejeton insupportable, alors qu’à les écouter, il y a des enfants rois partout ! Je crois que l’on assiste à un mélange des genres et à une belle hypocrisie. Il existe bien sûr des enfants mal élevés, violents, tortionnaires, délaissés. Peut-on pour autant les ranger dans la même catégorie ? Je ne le crois pas ! C’est la raison pour laquelle je distingue l’enfant roi de l’enfant tortionnaire et de l’enfant loup totalement livré à lui-même. Je crois qu’in fine, le vrai problème, c’est que les enfants nous dérangent : on ne supporte pas de les voir s’immiscer dans l’espace public ou plus simplement dans nos conversations d’adultes.

Si l’enfant roi n’est ni tyrannique, ni un enfant loup, qui est-ce ?
C’est un enfant gâté qui bénéficie d’une grande liberté de choix. Cette description montre d’ailleurs que le terme « roi » est mal choisi car il ne correspond pas à la réalité. Celui que l’on appelle « enfant roi » tient finalement plus du rebelle que du souverain : il questionne, remet en cause, bouleverse l’ordre établi, demande des comptes, argumente, présente ses cahiers de doléances, manifeste et met en exergue les contradictions du système dont il refuse les inégalités. Bref, il a plus à voir avec Robespierre qu’avec Louis XIV ! Je lui préfère donc largement le terme « révolutionnaire ».

“Se détacher des kits de prêt-à-dresser”
Jusqu’à présent, vous vous êtes penchée sur la question des mères qui travaillent. Pourquoi vous intéresser maintenant à celle de l’enfant roi ?
Je suis maman de deux petites filles dont on me dit régulièrement que ce sont des enfants rois. J’ai donc voulu comprendre pourquoi ma manière de les éduquer dérange… et j’ai compris ! Le truc du it parent aujourd’hui, c’est l’autorité. C’est tout juste si l’on ne regrette pas le temps où l’on agitait le martinet. Personnellement, je n’ai pas envie d’avoir ce genre de rapport avec mes enfants et je pense que je ne suis pas la seule. Mon livre vise donc à donner des arguments pour parer aux accusations de l’entourage et plus globalement de la société.

Éloge de l’enfant roi est un titre éloquent. Cela signifie-t-il que vous assumez d’avoir des enfants rois et que vous défendez ce type d’éducation ?
Depuis ce livre, je suis devenue une mère décomplexée qui assume l’éducation que je donne à mes filles. En revanche, loin de moi l’idée de défendre ni de prôner les mérites d’une méthode éducative plutôt qu’une autre. Mon objectif consiste simplement à remettre en question ce concept que je trouve très hypocrite à travers des théories, des témoignages et des faits réels et vérifiés. Pourquoi ne pas, pour une fois, montrer le bon côté de la médaille par une approche totalement subjective ?

Il est temps que les parents arrêtent de complexer et se fassent confiance.

Capricieux, insupportables, mal élevés… On pointe avec délectation les défauts des enfants rois. Dans votre ouvrage, vous vous efforcez de montrer leurs qualités. Quelles sont-elles ?
Elles sont nombreuses et le plus drôle, c’est que même ses plus puissants détracteurs lui reconnaissent les vertus les plus élogieuses ! Tous admettent que l’enfant roi est intelligent, empathique, bon négociateur et inspirant. À y regarder de plus près, ne s’agit-il pas des qualités que le monde de l’entreprise recherche désespérément ? Et le but ultime des parents n’est-il pas d’avoir des enfants qui s’insèrent dans la société en trouvant un travail ?

Quel message souhaitez-vous faire passer aux parents ?
De se détacher des kits de prêt-à-dresser et des réponses de garagiste du type : « Il a peur de dormir ? Couchez-le dans le noir et éteignez la lumière. » Un enfant n’est pas une voiture dont on peut conseiller à distance de changer un pneu si elle tire à gauche ! Il est temps que les parents arrêtent de complexer et se fassent confiance. Avoir un enfant roi, ça n’est pas si grave !

Éloge de l’enfant roi, de Marlène Schiappa (François Bourin Éditeur), en librairies le 12 juin 2012.

Une manière de dire « je t’aime »

Le baiser ici illustré est de moi.  Ce sont mes lèvres, mon adn.  Je crois que maintenant, au lieu de cocher pour dire que je suis d’accord, je vais mettre mon sceau rouge à moi.

Le texte est de mon amie DENISE BOMBARDIER.  Comment mieux dire?

Digressions sur l’amour

Prenons une pause de nos débats sociaux et politiques puisque le mardi 14, la Saint-Valentin, nous y invite. Bien sûr, les indifférents aux fêtes du calendrier liturgique, à celles de Noël et de Pâques, ainsi qu’aux fêtes des Mères et des Pères, ces «récupérations commerciales», ceux-ci n’en ont cure, eux qui échappent aux niaiseries populaires et sentimentales. Grand bien leur fasse. Mais nous sommes nombreux à apprécier ces moments, sorte de rites annuels, qui provoquent un effort de générosité et une réflexion aussi sur la vie, la mort et l’amour.

J’ai rencontré peu de gens, même parmi les moins expansifs, les plus discrets, qui refusaient de raconter le début de leurs histoires d’amour. Sans doute parce que le sentiment qui préside à l’émoi est vécu comme une naissance, ou plus exactement comme une renaissance. L’anglicisme le moins rebutant, «tomber en amour», correspond littéralement à l’émotion qui submerge lorsque l’autre, encore inconnu et mystérieux, renverse à la fois nos certitudes et nos habitudes. Cette émotion inattendue, imprévisible, à la fois violente (car on se sent tomber presque physiquement) et enivrante, appartient à l’exaltation de vivre.

En dépit de toutes les perturbations et de toutes les mutations subies dans ce monde de fou, obsédé de compresser le temps, de réduire les distances, d’échapper à la loi de la gravité, ce monde actuel de la virtualité, l’amour demeure le dernier repli de l’humanité espérante. En ce sens, les ruptures amoureuses sont avant tout l’expression d’une trop grande idéalisation de l’amour qu’il ne faut pas interpréter comme une perte de foi dans le sentiment amoureux. À preuve, la majorité des éclopés du coeur pratiquent la récidive. L’augmentation de l’espérance de vie porte fruits. Il y a des amours tardives aussi délectables que les crus classés des vendanges tardives. Pour paraphraser Richard Desjardins, «quand on aime une fois, on aime pour toujours», mais il arrive que cette réalité se répète au cours d’une même vie.

D’une certaine manière, on ne cesse pas d’aimer ceux que l’on a aimés. En ce sens, la fidélité demeure. Les désamours ne relèveraient-ils pas plutôt des conjonctures de la vie, de l’évolution des personnes à une étape donnée lorsque les chemins s’éloignent ou se perdent? Car il y a un réconfort certain à ne pas renier les amours anciennes afin de ne pas altérer sa propre capacité à aimer encore et toujours.

L’amour échappe à toute rationalité, à toute typologie de la psychologie pop, à tous les codes et à ces garde-fous sociaux. Le sentiment amoureux ne s’explique pas, ne se justifie pas, ne se décortique pas. Il nous enferme dans son mystère, nous grise et de façon fugace nous fait découvrir la lueur de l’immortalité. Et l’amour, parce qu’il est aveugle, permet à chacun au-delà des canons de la beauté, de l’âge, des classes sociales, d’espérer le croiser sur sa route.

Les déchirements amoureux sont indissociables du sentiment lui-même. Aimer c’est souffrir inévitablement. Le début des amours rend euphorique, mais cette euphorie ne nous immunise pas contre les peines à venir. C’est sans doute pour cela «qu’on voudrait mourir lorsqu’on est heureux», comme le chante Isabelle Aubret.

Certains sont plus doués que d’autres pour le bonheur amoureux. J’ai rencontré cette semaine un couple de soixante ans, marié depuis quarante-trois ans, qui s’est connu à treize ans. Elle était la plus belle de l’école, se rappelle-t-il encore. Un jour, quelques années plus tard, ils se sont retrouvés. «Je vais te marier et t’emmener voir le tombeau de Lénine», lui a-t-il déclaré en guise de demande en mariage. C’étaient les années soixante, il admirait Lénine et avant tout Marie Curie. Ils se sont épousés et sur la place Rouge, devant le tombeau de son idole, il a pleuré toutes les larmes de son corps avec sa bien-aimée à ses côtés. Puis, le pèlerinage s’est poursuivi à Paris, au laboratoire de sa première idole.

Cet homme toujours fou de sa femme se souvient de tout. Or, il y a un an, on l’a diagnostiqué. Il est atteint de la maladie d’Alzheimer. L’autre soir, à table, la vividité de sa mémoire amoureuse donnait à penser que sa longue et exceptionnelle histoire d’amour avec celle qu’il regarde avec des yeux à la fois allumés et inquiets sera la dernière à s’effacer de son esprit. Sa femme écoutait le récit de leur longue vie aussi prospère qu’amoureuse avec l’admiration que commande l’amour. Il fallait être attentif pour percevoir chez elle la sourde angoisse que cette éclatante mémoire amoureuse ne s’efface lentement et inexorablement.

Le sentiment amoureux a traversé tous les cataclysmes, toutes les guerres, toutes les modes. L’amour au XXIe siècle, malgré ce qu’on en dit, malgré les caricatures, malgré les désacralisations, malgré le cynisme affiché et la peur de l’engagement travestie en choix de vie émancipée, cet amour demeure le seul remède contre l’angoisse de vivre si présente dans notre monde tumultueux de l’individualisme régnant.

denbombardier@videotron.ca

Denise Bombardier, propos et portrait.

Je salue ici Denise et ses analyses toujours si justes.  Et le DEVOIR qui les publient.

Huit millions

Denise Bombardier 17 décembre 2011  Québec
Vous vous souvenez du temps où nous étions six millions? Il fallait se parler, comme nous invitait à le faire une publicité de marque de bière. C’était une époque où nous avions l’impression de tous nous connaître dès que nous sortions de Montréal. C’était en 1976, l’année de tous les espoirs. Le premier ministre René Lévesque était adulé par une majorité de Québécois et commandait le respect de tous les autres. On croyait au changement, à un dépassement collectif, à la solidarité. On croyait au bonheur, au début d’un temps nouveau que chantait Renée Claude. La moitié des gens n’ont pas trente ans, écrivait Stéphane Venne, l’auteur de cette chanson reprise en chœur par tous ceux qui avaient le 15 novembre porté le Parti québécois au pouvoir.

Je me souviens du Noël qui a suivi ce 15 novembre euphorique transformé en un printemps d’espérance. Ce Noël-là, les discussions dans les familles réunies autour de la dinde traditionnelle étaient si intenses, si passionnelles qu’on en oubliait le goût du volatile. On était six millions à se parler en tentant de se convaincre. Nous nous savions tous en sursis de référendum. Nous voulions tous gagner, oui ou non confondus. Je me souviens de la déclaration solennelle de feu mon beau-père devant ses petits-enfants réunis. «René Lévesque est un bon homme. Ce n’est pas le mien et ça n’est pas mon parti, mais au référendum, jamais je ne voterai contre mes petits-fils.» Cet engagement valait bien toutes les bénédictions paternelles auxquelles il s’était toujours soustrait bien qu’il fût de cette génération où le patriarche exerçait cette prérogative annuelle devant la famille agenouillée.

À Noël 1976, on était six millions à se parler dans le blanc des yeux, sans jeter un regard sur le téléphone intelligent, sans twitter ni envoyer des textos pendant les discussions enflammées. On traversait des rues où les gens s’étaient donné le mot pour mettre des sapins multicolores devant leurs portes, où tous les édifices publics se disputaient l’honneur d’avoir le sapin le plus haut, le plus gros, le plus scintillant, avec ou sans crèche. À Noël 1976, les vieux se sentaient rajeunis et les jeunes, fous, bougalous et un peu stone, faisaient encore semblant de respecter leurs aînés qu’ils s’appliquaient à convaincre du bien-fondé de l’indépendance.

À Noël 2011, on est huit millions et le moral collectif est en berne. Et cela semble plus difficile de se parler malgré toute la quincaillerie technologique. Noël pose problème quand on est huit millions de Québécois au passé tricoté de moins en moins serré. On est huit millions, les vieux sont plus nombreux que jamais, la natalité moindre et les horizons multiculturels. Finis les rigodons, les chansons d’Édith Butler, les «fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous» de Ferland. Noël se chante souvent en anglais, les accommodements raisonnables sont à l’ordre du jour et au coeur des discussions dans les réunions de famille et ce qu’il en reste. À Noël 2011, les statistiques publiées cette semaine le démontrent, l’espérance de vie atteint des sommets alors que l’espérance tout court déserte de plus en plus de personnes, jeunes ou vieilles.

À Noël 2011, nous sommes huit millions de Québécois, et parmi les croyants fervents, de plus en plus ne sont pas chrétiens. Une minorité grandissante ne peut pas chanter Ô Canada, terre de nos aïeux, mais ils pourraient reprendre en choeur «terre de nos descendants». La langue française n’est plus la langue maternelle d’un nombre croissant de nos compatriotes. Comment interprètent-ils notre fierté d’être Québécois? À nous regarder vivre et parler, y croient-ils? Nos nostalgies respectives ne peuvent pas être partagées, et en ce sens, Noël, que cela dérange ou pas, demeure une fête problématique. D’ailleurs, elle l’est déjà pour tous les «de souche» qui ont arraché avec rage ou indifférence ces racines religieuses qui ont défini notre identité, c’est-à-dire notre vision du monde et de nous-mêmes dans nos rapports aux autres ou à une quelconque transcendance.

Nous sommes huit millions, et pour des raisons diverses, plus ou moins avouées, plusieurs sont portés à penser que cette évolution culturelle, irréversible à l’évidence, ne peut être source de préoccupations légitimes. Ce temps de l’année, au contraire, oblige à réfléchir. À nous interroger sur notre propre fidélité à nos convictions, sur notre solidarité aux autres, ceux que l’on aime inconditionnellement mais aussi à nos amis, nos connaissances et plus largement nos compatriotes québécois, ces huit millions de gens qui partagent un même territoire sans partager les mêmes mythes, les mêmes symboles, les mêmes héros.

Nous sommes huit millions à Noël 2011, et qu’une grande partie des Québécois soient plongés dans une nostalgie qu’ils tentent de revivre dans ces fêtes de retrouvailles familiales et amicales ne devrait pas porter ombrage à quiconque. Et tous les très vieux devraient, à Noël, radoter devant les enfants croulant sous les cadeaux de leur temps où, à minuit, à l’heure où Jésus naissait, il tombait de la neige ouatée et où ils se réjouissaient de l’orange qu’ils recevaient en cadeau.

Joyeux Noël et bonne année à tous!

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N.B.
Et puis, en plus d’être polémiste et à l’occasion pamphlétaire,  elle est l’auteur de nombreux livres, dont celui-ci et tant d’autres qui font sourire et réfléchir.
Nous nous voyons peu, mais je l’aime beaucoup.  Elle est forte et généreuse, déterminée et fragile, lettrée et sensible, féministe et féminine, sincère, avec un formidable sens de l’amitié.   Elle pense ce qu’elle dit et dit ce qu’elle pense.  Elle est droite et directe comme une flèche et fait mouche (presque) à chaque fois.  Que ça plaise ou non.
À Paris, à Montréal ou ailleurs, elle « tient salon » et ses dîners sont toujours pimentés de propos vifs et intelligents, ses invités sont brillants et drôles.  Son Jim est un être délicat et formidablement lettré, avec un sens de l’humour rafraîchissant.   La compagnie des dames l’enchante, ce qui prouve sa grande intelligence.
Denise, c’est Madame de Sévigné 3.0, c’est d’Artagnan, en robe du soir…
Un beau et rare mélange.