Mia Dumont - Blog d'une consultante du Superflu...

Mia Dumont – Blog d'une consultante du Superflu…

Une manière de dire « je t’aime »

Le baiser ici illustré est de moi.  Ce sont mes lèvres, mon adn.  Je crois que maintenant, au lieu de cocher pour dire que je suis d’accord, je vais mettre mon sceau rouge à moi.

Le texte est de mon amie DENISE BOMBARDIER.  Comment mieux dire?

Digressions sur l’amour

Prenons une pause de nos débats sociaux et politiques puisque le mardi 14, la Saint-Valentin, nous y invite. Bien sûr, les indifférents aux fêtes du calendrier liturgique, à celles de Noël et de Pâques, ainsi qu’aux fêtes des Mères et des Pères, ces «récupérations commerciales», ceux-ci n’en ont cure, eux qui échappent aux niaiseries populaires et sentimentales. Grand bien leur fasse. Mais nous sommes nombreux à apprécier ces moments, sorte de rites annuels, qui provoquent un effort de générosité et une réflexion aussi sur la vie, la mort et l’amour.

J’ai rencontré peu de gens, même parmi les moins expansifs, les plus discrets, qui refusaient de raconter le début de leurs histoires d’amour. Sans doute parce que le sentiment qui préside à l’émoi est vécu comme une naissance, ou plus exactement comme une renaissance. L’anglicisme le moins rebutant, «tomber en amour», correspond littéralement à l’émotion qui submerge lorsque l’autre, encore inconnu et mystérieux, renverse à la fois nos certitudes et nos habitudes. Cette émotion inattendue, imprévisible, à la fois violente (car on se sent tomber presque physiquement) et enivrante, appartient à l’exaltation de vivre.

En dépit de toutes les perturbations et de toutes les mutations subies dans ce monde de fou, obsédé de compresser le temps, de réduire les distances, d’échapper à la loi de la gravité, ce monde actuel de la virtualité, l’amour demeure le dernier repli de l’humanité espérante. En ce sens, les ruptures amoureuses sont avant tout l’expression d’une trop grande idéalisation de l’amour qu’il ne faut pas interpréter comme une perte de foi dans le sentiment amoureux. À preuve, la majorité des éclopés du coeur pratiquent la récidive. L’augmentation de l’espérance de vie porte fruits. Il y a des amours tardives aussi délectables que les crus classés des vendanges tardives. Pour paraphraser Richard Desjardins, «quand on aime une fois, on aime pour toujours», mais il arrive que cette réalité se répète au cours d’une même vie.

D’une certaine manière, on ne cesse pas d’aimer ceux que l’on a aimés. En ce sens, la fidélité demeure. Les désamours ne relèveraient-ils pas plutôt des conjonctures de la vie, de l’évolution des personnes à une étape donnée lorsque les chemins s’éloignent ou se perdent? Car il y a un réconfort certain à ne pas renier les amours anciennes afin de ne pas altérer sa propre capacité à aimer encore et toujours.

L’amour échappe à toute rationalité, à toute typologie de la psychologie pop, à tous les codes et à ces garde-fous sociaux. Le sentiment amoureux ne s’explique pas, ne se justifie pas, ne se décortique pas. Il nous enferme dans son mystère, nous grise et de façon fugace nous fait découvrir la lueur de l’immortalité. Et l’amour, parce qu’il est aveugle, permet à chacun au-delà des canons de la beauté, de l’âge, des classes sociales, d’espérer le croiser sur sa route.

Les déchirements amoureux sont indissociables du sentiment lui-même. Aimer c’est souffrir inévitablement. Le début des amours rend euphorique, mais cette euphorie ne nous immunise pas contre les peines à venir. C’est sans doute pour cela «qu’on voudrait mourir lorsqu’on est heureux», comme le chante Isabelle Aubret.

Certains sont plus doués que d’autres pour le bonheur amoureux. J’ai rencontré cette semaine un couple de soixante ans, marié depuis quarante-trois ans, qui s’est connu à treize ans. Elle était la plus belle de l’école, se rappelle-t-il encore. Un jour, quelques années plus tard, ils se sont retrouvés. «Je vais te marier et t’emmener voir le tombeau de Lénine», lui a-t-il déclaré en guise de demande en mariage. C’étaient les années soixante, il admirait Lénine et avant tout Marie Curie. Ils se sont épousés et sur la place Rouge, devant le tombeau de son idole, il a pleuré toutes les larmes de son corps avec sa bien-aimée à ses côtés. Puis, le pèlerinage s’est poursuivi à Paris, au laboratoire de sa première idole.

Cet homme toujours fou de sa femme se souvient de tout. Or, il y a un an, on l’a diagnostiqué. Il est atteint de la maladie d’Alzheimer. L’autre soir, à table, la vividité de sa mémoire amoureuse donnait à penser que sa longue et exceptionnelle histoire d’amour avec celle qu’il regarde avec des yeux à la fois allumés et inquiets sera la dernière à s’effacer de son esprit. Sa femme écoutait le récit de leur longue vie aussi prospère qu’amoureuse avec l’admiration que commande l’amour. Il fallait être attentif pour percevoir chez elle la sourde angoisse que cette éclatante mémoire amoureuse ne s’efface lentement et inexorablement.

Le sentiment amoureux a traversé tous les cataclysmes, toutes les guerres, toutes les modes. L’amour au XXIe siècle, malgré ce qu’on en dit, malgré les caricatures, malgré les désacralisations, malgré le cynisme affiché et la peur de l’engagement travestie en choix de vie émancipée, cet amour demeure le seul remède contre l’angoisse de vivre si présente dans notre monde tumultueux de l’individualisme régnant.

denbombardier@videotron.ca

Denise Bombardier, propos et portrait.

Je salue ici Denise et ses analyses toujours si justes.  Et le DEVOIR qui les publient.

Huit millions

Denise Bombardier 17 décembre 2011  Québec
Vous vous souvenez du temps où nous étions six millions? Il fallait se parler, comme nous invitait à le faire une publicité de marque de bière. C’était une époque où nous avions l’impression de tous nous connaître dès que nous sortions de Montréal. C’était en 1976, l’année de tous les espoirs. Le premier ministre René Lévesque était adulé par une majorité de Québécois et commandait le respect de tous les autres. On croyait au changement, à un dépassement collectif, à la solidarité. On croyait au bonheur, au début d’un temps nouveau que chantait Renée Claude. La moitié des gens n’ont pas trente ans, écrivait Stéphane Venne, l’auteur de cette chanson reprise en chœur par tous ceux qui avaient le 15 novembre porté le Parti québécois au pouvoir.

Je me souviens du Noël qui a suivi ce 15 novembre euphorique transformé en un printemps d’espérance. Ce Noël-là, les discussions dans les familles réunies autour de la dinde traditionnelle étaient si intenses, si passionnelles qu’on en oubliait le goût du volatile. On était six millions à se parler en tentant de se convaincre. Nous nous savions tous en sursis de référendum. Nous voulions tous gagner, oui ou non confondus. Je me souviens de la déclaration solennelle de feu mon beau-père devant ses petits-enfants réunis. «René Lévesque est un bon homme. Ce n’est pas le mien et ça n’est pas mon parti, mais au référendum, jamais je ne voterai contre mes petits-fils.» Cet engagement valait bien toutes les bénédictions paternelles auxquelles il s’était toujours soustrait bien qu’il fût de cette génération où le patriarche exerçait cette prérogative annuelle devant la famille agenouillée.

À Noël 1976, on était six millions à se parler dans le blanc des yeux, sans jeter un regard sur le téléphone intelligent, sans twitter ni envoyer des textos pendant les discussions enflammées. On traversait des rues où les gens s’étaient donné le mot pour mettre des sapins multicolores devant leurs portes, où tous les édifices publics se disputaient l’honneur d’avoir le sapin le plus haut, le plus gros, le plus scintillant, avec ou sans crèche. À Noël 1976, les vieux se sentaient rajeunis et les jeunes, fous, bougalous et un peu stone, faisaient encore semblant de respecter leurs aînés qu’ils s’appliquaient à convaincre du bien-fondé de l’indépendance.

À Noël 2011, on est huit millions et le moral collectif est en berne. Et cela semble plus difficile de se parler malgré toute la quincaillerie technologique. Noël pose problème quand on est huit millions de Québécois au passé tricoté de moins en moins serré. On est huit millions, les vieux sont plus nombreux que jamais, la natalité moindre et les horizons multiculturels. Finis les rigodons, les chansons d’Édith Butler, les «fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous» de Ferland. Noël se chante souvent en anglais, les accommodements raisonnables sont à l’ordre du jour et au coeur des discussions dans les réunions de famille et ce qu’il en reste. À Noël 2011, les statistiques publiées cette semaine le démontrent, l’espérance de vie atteint des sommets alors que l’espérance tout court déserte de plus en plus de personnes, jeunes ou vieilles.

À Noël 2011, nous sommes huit millions de Québécois, et parmi les croyants fervents, de plus en plus ne sont pas chrétiens. Une minorité grandissante ne peut pas chanter Ô Canada, terre de nos aïeux, mais ils pourraient reprendre en choeur «terre de nos descendants». La langue française n’est plus la langue maternelle d’un nombre croissant de nos compatriotes. Comment interprètent-ils notre fierté d’être Québécois? À nous regarder vivre et parler, y croient-ils? Nos nostalgies respectives ne peuvent pas être partagées, et en ce sens, Noël, que cela dérange ou pas, demeure une fête problématique. D’ailleurs, elle l’est déjà pour tous les «de souche» qui ont arraché avec rage ou indifférence ces racines religieuses qui ont défini notre identité, c’est-à-dire notre vision du monde et de nous-mêmes dans nos rapports aux autres ou à une quelconque transcendance.

Nous sommes huit millions, et pour des raisons diverses, plus ou moins avouées, plusieurs sont portés à penser que cette évolution culturelle, irréversible à l’évidence, ne peut être source de préoccupations légitimes. Ce temps de l’année, au contraire, oblige à réfléchir. À nous interroger sur notre propre fidélité à nos convictions, sur notre solidarité aux autres, ceux que l’on aime inconditionnellement mais aussi à nos amis, nos connaissances et plus largement nos compatriotes québécois, ces huit millions de gens qui partagent un même territoire sans partager les mêmes mythes, les mêmes symboles, les mêmes héros.

Nous sommes huit millions à Noël 2011, et qu’une grande partie des Québécois soient plongés dans une nostalgie qu’ils tentent de revivre dans ces fêtes de retrouvailles familiales et amicales ne devrait pas porter ombrage à quiconque. Et tous les très vieux devraient, à Noël, radoter devant les enfants croulant sous les cadeaux de leur temps où, à minuit, à l’heure où Jésus naissait, il tombait de la neige ouatée et où ils se réjouissaient de l’orange qu’ils recevaient en cadeau.

Joyeux Noël et bonne année à tous!

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N.B.
Et puis, en plus d’être polémiste et à l’occasion pamphlétaire,  elle est l’auteur de nombreux livres, dont celui-ci et tant d’autres qui font sourire et réfléchir.
Nous nous voyons peu, mais je l’aime beaucoup.  Elle est forte et généreuse, déterminée et fragile, lettrée et sensible, féministe et féminine, sincère, avec un formidable sens de l’amitié.   Elle pense ce qu’elle dit et dit ce qu’elle pense.  Elle est droite et directe comme une flèche et fait mouche (presque) à chaque fois.  Que ça plaise ou non.
À Paris, à Montréal ou ailleurs, elle « tient salon » et ses dîners sont toujours pimentés de propos vifs et intelligents, ses invités sont brillants et drôles.  Son Jim est un être délicat et formidablement lettré, avec un sens de l’humour rafraîchissant.   La compagnie des dames l’enchante, ce qui prouve sa grande intelligence.
Denise, c’est Madame de Sévigné 3.0, c’est d’Artagnan, en robe du soir…
Un beau et rare mélange.

Mordecai Richler: Mémoire du Montréal Yiddish

  • JE LES TROUVE TOUS TRÈS BEAU SUR CETTE PHOTO.  C’EST ÉMOUVANT DE PENSER À LEUR HISTOIRE, SANS SAVOIR QUI ILS SONT, CE QU’ILS ONT FAIT, OÙ ILS SONT RENDUS, ETC.  CELA ME FAIT RÊVER…
  • 26 novembre 2011
  • La Presse
  • JEAN- CHRISTOPHE LAURENCE MONTRÉAL PLURIEL

Que reste- t- il du Montréal yiddish?

Autrefois très répandue à Montréal, la langue des Juifs d’europe de l’est n’est plus parlée que par les Hassidim, les survivants de l’holocauste et quelques créateurs illuminés. « Après le français et l’anglais, le yiddish était la troisième langue la plus parlée et la plus affichée à Montréal. » — Chantal Ringuet

Une fois par semaine, Tamara Kramer rend visite à des petits vieux de la communauté juive. En échange de quelques danoises, elle leur demande d’expliquer un mot yiddish, Fleishedicke, qui signifie « souper à la viande » .

PHOTO ARCHIVES DE LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE JUIVE DE MONTRÉAL Ces rencontres font ensuite l’objet d’une petite chronique vidéo ( Danish& Yiddish) qu’elle diffuse sur shtetlmontreal. com, son blogue consacré à la culture juive actuelle.

« Ce n’est pas si évident. Il faut trouver des gens qui parlent encore la langue. Il n’y en a plus tant que ça » , lance Tamara.

Comme la plupart des jeunes Juifs d’origine ashkénaze ( d’europe de l’est), Tamara Kramer a été élevée en anglais. Elle ne connaît pas grandchose de la langue de ses grands- parents et le regrette. D’où cette envie d’explorer le vocabulaire yiddish.

« Ma mère le comprend, mais ne le parle qu’un peu. Et moi, pas vraiment. Mais plus je vieillis, plus je m’y intéresse. Parce que c’est une langue particulièrement colorée. Avec des expressions savoureuses et des termes forts, qui devraient être utilisés plus souvent… »

Inévitable sans doute, le déclin du yiddish est quand même surprenant. Car il n’y a pas si longtemps, on le parlait abondamment dans nos rues. À une certaine époque, Montréal était même considéré comme un haut lieu de la culture juive en Amérique.

« Après le français et l’anglais, le yiddish était la troisième langue la plus parlée et la plus affichée à Montréal, souligne Chantal Ringuet, auteure du livre À la découverte du Montréal yiddish, qui vient de paraître aux Éditions Fidès. C’était un phénomène très important, qui a profité du fait que la ville était déjà bilingue. »

Selon Mme Ringuet, 60 000 Juifs montréalais parlaient couramment yiddish en 1930, soit 97% de la communauté. Ce chiffre est aujourd’hui tombé à un maigre 3%, petit groupe essentiellement composé de survivants de l’holocauste.

Seule exception, et elle est durable : les Juifs hassidiques ( environ 12 000 personnes) ont conservé le yiddish comme langue principale, ce qui constitue, comme la plupart de leurs signes distinctifs, un autre rempart contre la modernité.

Se fondre dans la masse

La plus importante immigration juive d’europe de l’est a eu lieu dans la première moitié du XXE siècle et cette présence a laissé des traces.

Outre la religion, ces nouveaux Montréalais ont amené avec eux une certaine vision du monde et de la politique. Ils ont notamment fait beaucoup pour la lutte ouvrière au Québec et révélé d’importants leaders syndicaux comme Lea Roback et Joseph Shubert.

Le monde des arts ne fut pas en reste. Bien avant les Canadiens- f rança is , qui voyaient la ville comme un monde de pauvreté et d’aliénation, les peintres et les écrivains juifs ont été les premiers à exalter Montréal, ses rues et sa montagne. « Ils étaient modernes avant la lettre, résume Chantal Ringuet. Leur vision de l’urbanité

Réunion de groupe du Jewish National Fund à Montréal, en 1920. était positive, originale et rafraîchissante. »

Très actif, ce milieu de créateurs yiddishophones donnera naissance à des figures marquantes comme le poète Jacob- Isaac Segal, la poète Ida Maze et la romancière Rokhl Korn. Cette crème intellectuelle fera de Montréal une vi l le juive incontournable, cer tains allant jusqu’à la surnommer « la Petite Jérusalem d’amérique » .

Comment, alors, expliquer ce dramatique décl in du yiddish ?

L’envie de se fondre dans la société d’accueil , croit tout simplement Chantal Ringuet : « En Europe, le yiddish était la langue des persécutés. Ici c’était la langue des immigrés. Normal que plusieurs ne l’aient pas transmis à leurs enfants. Ils ne voulaient pas être à la marge. Ils ne voulaient pas vivre avec le poids de la Shoah. Ils étaient venus ici pour devenir des Canadiens et des Nord- Américains. Alors ils sont passés à l’anglais. »

Un petit revival

Malgré tout, le yiddish n’a pas encore dit son dernier mot. Depuis quelques années, une nouvelle génération de Juifs a recommencé à explorer la langue de ses ancêtres.

« Je sens un petit revival, confirme Tamara Kramer. Pas énorme. Mais je crois que certains sont nostalgiques… »

Autrefois langue du peuple, le yiddish est désormais enseigné à l’université, parfois jusqu’à de très hauts degrés de raffinement. Fait intéressant, cette discipline n’attire pas seulement les Juifs, mais aussi ceux qui ne le sont pas. Référence dans le domaine, le Québécois Pierre Anctil a mis cette passion au service de la littérature, traduisant, pour des lecteurs francophones, quelques auteurs yiddish d’avant et d’après- guerre.

Impossible enfin, de ne pas citer la vague néo- klezmer, qui conjugue ce renouveau culturel avec la réhabilitation de la musique juive d’europe de l’est.

Figure de proue de ce mouvement, le Montréalais Socalled s’est fait connaître dans le monde entier en mettant de vieilles chansons yiddish au service du hip- hop à moins que ce ne soit l’inverse. Ses recherches ethno music ologiques l’ont amené à connaître la langue, mais encore aujourd’hui, il se dit loin de l’avoir domptée.

« J’aimerais parler plus souvent yiddish, mais avec qui ? Parfois, je jase avec des vieux qui ne parlent pas anglais. Mais la plupart du temps, ça m’aide surtout à parler de dirigelt ( loyer) avec mon propriétaire hassidique… »

LA BIBLIOTHÈQUE JUIVE DE MONTRÉAL EST OUVERTE TOUS LES JOURS.

ET POUR SE METTRE DANS L’AMBIANCE, LIRE MORDECAI RICHLER, CONSIDÉRÉ COMME L’UN DE NOS GRANDS ÉCRIVAINS CANADIENS.  SES LIVRES SONT PEUPLÉS DE PERSONNAGES COLORÉS, ÉMOUVANTS, QUI ONT FAIT DE MONTRÉAL CETTE VILLE UNIQUE, TRAIT-D’UNION ENTRE LA VIEILLE EUROPE ET L’AMÉRIQUE.

Mère tigre

La petite leçon d’éducation à la dure d’une «mère Tigre»

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Par Agnès Leclair Mis à jour le 07/11/2011 à 15:21 | publié le 06/11/2011 à 09:00 Réactions (37)

«Mes filles me voient comme quelqu'un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père !», explique Amy Chua.
«Mes filles me voient comme quelqu’un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père !», explique Amy Chua. Crédits photo : Rex Features/REX/SIPA/Rex Features/REX/SIPA

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Amy Chua, professeur à Yale, préconise la sévérité avec les enfants. La traduction de son livre vient de sortir en France.

Paru en janvier dernier aux États-Unis et aujourd’hui publié en France, le livre d’Amy Chua sur l’éducation de ses enfants, L’Hymne de bataille de la mère Tigre, a déjà provoqué un tollé des deux côtés de l’Atlantique.

Doté d’un sens aiguisé de la provocation, ce professeur de droit de la prestigieuse université de Yale prône, dans son ouvrage, les principes d’une éducation «à la chinoise» qu’elle a appliqués à ses deux filles, Sophia et Lulu: ne jamais laisser ses enfants participer à une journée de jeux ou dormir chez des amis, exiger les meilleures notes et la première place aux classements, avoir deux ans d’avance en maths, choisir des activités parascolaires élitistes (piano pour l’aînée, violon pour la cadette) et leur consacrer plusieurs heures par jour.

L’universitaire, hantée par la peur de la décadence de sa lignée, s’amuse à bousculer au passage les principes de l’éducation occidentale actuelle. Apprendre n’est pas forcément amusant, martèle l’universitaire, comparer ses enfants entre eux pour les piquer au vif peut être efficace, les traiter de «minables» est justifié s’ils ne font pas d’efforts (en vous offrant une carte d’anniversaire bâclée, par exemple), les complimenter en public est une hérésie… De quoi déclencher une bronca mondiale contre la tiger mother!

Son humour a échappé à bien des lecteurs

«Cette tempête a été en partie provoqué par l’angoisse des Américains du déclin de leur pays et de l’émergence de la Chine. Mon récit n’aurait blessé personne s’il s’était appelé “L’Hymne de bataille de la mère roumaine”», analyse rétrospectivement Amy Chua, qui tient au passage à rétablir quelques vérités : «Dans ce livre, je décris mes pires moments en tant que mère mais je ne suis certainement pas une maman cruelle. D’ailleurs, mes filles me voient comme quelqu’un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père!» Son humour, qui transparaît à chaque page, a en tout cas échappé à bien des lecteurs. Mais au-delà de la dérision, Amy Chua reste une mère sévère et fière de l’être. Une revendication qui semble aujourd’hui presque incongrue. Dans la bouche d’une «mère Tigre» comme dans celle d’une maman lambda.

«Les autres parents trouvent parfois que je suis dure ou anachronique. Mais il n’y a pas de secret, estime Cécile, une quadragénaire mère de quatre enfants âgés de 3 à 12 ans, tous les premiers de la classe, dans le privé ou dans le public, suivent des règles strictes à la maison.» Pas de télé, pas de console de jeux, lecture obligatoire, deux heures de devoirs par jour pour les plus grands et visite de musée deux fois par mois: c’est le programme éducatif qui fait fréquemment passer cette Parisienne, chargée de clientèle, pour une «extraterrestre». «C’est désagréable de faire respecter des règles car on a le mauvais rôle, mais je sais que mes enfants seront contents plus tard, dit-elle. De plus, ces principes ne m’empêchent pas de tout faire pour qu’ils soient épanouis et de prôner une approche ludique de la culture», souligne Cécile.

Valérie, une jeune maman qui n’hésite pas à priver son fils de 10 ans de sorties avec les amis ou de distractions après une désobéissance, se heurte aussi à l’incompréhension des autres parents. «J’ose à peine dire qu’il ne peut pas aller à un anniversaire parce qu’il est puni. On me regarde de travers», glisse la jeune femme.

Le succès du livre d’Amy Chua est-il une réaction à des années de laxisme?, s’est interrogé le magazine du New York Times. «J’ai reçu des centaines de gentils mails écrits par des parents qui se sont risqués à un peu plus de fermeté avec leurs enfants après avoir lu mon livre. Ils étaient apparemment surpris des bons résultats obtenus. J’ai aussi reçu de nombreux témoignages de gens séduits par l’idée qu’il fallait parier sur la force de ses enfants plutôt que sur leur faiblesse», répond l’auteur.

L’Hymne de bataille de la mère Tigre, Amy Chua, Gallimard.


«Les parents sont devenus les servants de leurs enfants»

Questions à Aldo Naouri, psychiatre et auteur

La sévérité a-t-elle disparu ?

Chez nous, l’enfant est au sommet de la pyramide familiale depuis une cinquantaine d’années. Les parents sont devenus les servants de leurs enfants. Ces derniers sont considérés comme des génies qui vont spontanément exprimer leurs potentialités. Cette idéologie permet de se faire aimer de ses enfants et ils grandissent avec l’idée que tout leur est dû. Attention au revers de la médaille! Ce qui est délicieux à 12 mois devient plus dur à gérer ensuite.

Que pensez-vous de l’autorité version «mère tigre» ?

C’est l’excès inverse de ce que font les parents aujourd’hui dans le monde occidental. Ce livre a sans doute un certain retentissement car il dénonce en creux la façon dont on anesthésie les enfants en les gâtant et en les privant du manque, moteur du désir et du sentiment d’exister. Mais Amy Chua va plus loin. Elle ne se contente pas d’aguerrir ses enfants, elle les rend guerriers. Elle les élève pour la compétition. Certes, cette méthode produit des performances, mais il existe une voie médiane. L’autorité, ce n’est pas l’autoritarisme. Aider ses enfants à réussir, c’est les aider à s’humaniser, à maîtriser leurs pulsions et à vivre avec les autres sans pour autant les écraser. Bref, faire en sorte qu’un enfant trouve sa place.

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» INTERVIEW – «Les mères font des fils, les femmes font des hommes»

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Oscar Wilde le mal-aimé

Ses citations font mes beaux jours. Elles ont sa flamboyance et sa lucidité.

Il avait tous les talents et tous les vices.

Ce fut un éclat de génie qui traversa son siècle puritain, il en souffrit beaucoup.

Il mourut seul et désemparé à ce qui est maintenant l’Hôtel du 13 rue des Beaux-Arts à St-Germain.  Une chambre porte son nom.

OPRAH! America’s Dream Catcher

I once had to write about her.  And I came up with this expression that reflects who she is and what she does:  she is America’s Dream Catcher.  The way natives Indians had and still have dream catchers at their doors to emprison their wishes.

Her new book is coming out.  Another great achievement ahead.

Boris Cyrulnik/Jean Viard: propos de vacances

LE BONHEUR DE RESTER CHEZ-SOI

Propos recueillis par GUILLAUME DE DIEULEVEULT
17/06/2011     | LE FIGARO

Pour les Français, le temps des vacances est fortement associé au  bonheur de se retrouver en famille et de redécouvrir leur pays. Voilà pourquoi, cet été encore, l’Hexagone est donné gagnant. Boris Cyrulnik, psychiatre célèbre pour sa théorie de la résilience, et Jean Viard, sociologue spécialiste des vacances et du temps libre, décryptent les tendances de notre été.

La France sera cet été la destination préférée des touristes français. Comment l’expliquez-vous?

Boris Cyrulnik – Sur ce sujet, je pense que la peur est une question clé. Il n’y a pas longtemps encore, on allait en vacances dans les maisons de famille. Le mot famille est important parce qu’il implique la familiarité. Or le tranquillisant naturel, ce n’est pas un médicament, c’est la familiarité. Cela signifie être bien chez soi, savoir où l’on va se baigner, où l’on va pêcher, avec qui on va partager un repas, qui on va rencontrer. Les pratiques évoluent, mais ce besoin de familiarité est d’autant plus nécessaire que notre société occidentale génère beaucoup d’angoisse. Pendant les vacances, on se remet en groupe, en famille, et on retrouve le bonheur d’être ensemble, le bonheur de redécouvrir la France.

Jean Viard – Ce que vous dites sur les maisons de famille s’applique aussi aux campings. Ce sont des lieux où les places sont louées à l’année, on y retourne tous les ans, on y rencontre ses premières amours et souvent on y va parce qu’on y allait déjà petit. Ce que cherchent les gens, c’est toujours du lien. On ne va pas au camping tout seul, on va au camping parce qu’on partage des pratiques. Nous, les sociologues, appelons cela du lien social souple. Et vous avez raison, c’est un phénomène fondamentalement familial : plus de 60 % des gens partent en vacances en famille.

Boris Cyrulnik – C’est précisément dans ce cadre que l’on joue à contrôler la peur, à la frôler. C’est le cas avec tous ces jeux de risque des vacances : faire du ski hors piste, se jeter du haut d’un pont avec un élastique, louer un bateau alors qu’on ne sait pas hisser les voiles… Ce sont des choses qu’on ne ferait pas dans les pays pauvres : quand le risque devient réel on n’érotise plus la peur. Et les événements actuels, notamment dans le monde arabe, vont probablement provoquer une modification dans les comportements des Français. Car dès l’instant où le contexte devient insécurisant, on augmente la solidarité familiale, la solidarité du clan, la solidarité du quartier.

Jean Viard – Je suis très curieux de voir comment va évoluer le tourisme s’il y a des progrès démocratiques dans le monde arabe. J’estime pour ma part que dans les dix années à venir, l’Europe peut regagner des parts sur le marché du tourisme.

A condition d’en avoir les moyens, on part aujourd’hui aux Maldives comme on partait jadis au Touquet. Le monde entier est à notre portée. En quoi cela change-t-il la façon dont on appréhende ses vacances?

Boris Cyrulnik – Vous dites « quand on a les moyens » et effectivement, tout est là. A Montréal, au Canada, on a demandé aux gens de dessiner leur espace familier. On a constaté que les pauvres dessinent leur quartier, alors que la Thaïlande ou Paris figurent dans l’espace familier des plus riches. La pratique de l’espace est fortement liée à la condition sociale et à la culture. Cela s’applique bien sûr aux vacances.

Jean Viard – Les destinations sont très différentes suivant les origines. Plus on est populaire, plus il y a une part de retour à l’origine dans les vacances : retour en Bretagne si on est breton, par exemple. Les départs en vacances sont des activités de grande fidélité. Contrairement à ce que l’on croit, 50 % des gens se sont baignés toute leur vie sur la même plage. Il ne faut pas croire que tout le monde part en vacances dans tous les sens : cela a de l’ordre. C’est-à-dire que si on vit en Provence, on va aller à la mer en Provence. Si on habite en Bretagne du Nord, on va à la mer en Bretagne du Sud… Mais il est vrai que les élites sociales voyagent aujourd’hui en dedans du monde. Autrefois, voyager c’était aller en dehors de son univers, à la découverte d’autres mondes. Aujourd’hui, les gens qui peuvent voyager ne découvrent plus le monde : ils ne font que le reconnaître.

Quelle place ont les vacances dans notre vie?

Jean Viard – J’aime beaucoup les chiffres alors je vais vous en donner quelques-uns. Avant 1914, on vivait 500.000 heures, on travaillait 200.000 heures, on dormait 200.000 heures. Il restait à une personne normale 100.000 heures pour faire tout le reste : apprendre, militer, aimer, se promener… Aujourd’hui en France, l’espérance de vie moyenne est de 700.000 heures. La durée légale du travail est de 63.000 heures. Nous étudions 30.000 heures, dormons 2 heures de moins par jour. Résultat, quand j’ai fini de dormir et de travailler, il me reste 400.000 heures pour faire autre chose.

Et que fait-on?

Jean Viard – On fait des tas de choses. On passe 100.000 heures devant la télévision…

Boris Cyrulnik – Ça, c’est vraiment un raisonnement de sociologue !

Jean Viard – D’accord, mais ce sont des changements qui montrent qu’on ne vit plus dans la même civilisation qu’au début du XXe siècle. On passe devant la télévision autant de temps qu’au travail et à l’étude ! Les vacances et la télévision sont les deux grands lieux de l’innovation de ces cinquante dernières années. C’est là qu’on a appris de nouvelles relations, de nouvelles façons de s’habiller, de se comporter.

Boris Cyrulnik – Je ne sais pas faire ce genre de raisonnement, mais je pense à une petite fille qui arrive au monde aujourd’hui et qui se dit : «Je vais dépasser les 100ans. Je vais avoir 2,1enfants. Qu’est ce que je vais faire des 98ans qui me restent à tirer?» Le résultat, c’est qu’elle se considère comme un individu, alors qu’avant elle se pensait comme un maillon de survie.

Jean Viard – Un relais.

Boris Cyrulnik – Oui, une personne qui se disait «il faut vite que je mette au monde des enfants, des garçons de préférence, parce qu’ils me soutiendront à la fin de ma vie». Il y avait une solidarité par contrainte alors qu’il y a maintenant une solidarité affective. Si l’on s’aime bien, on part en vacances ensemble.

Jean Viard – Exactement. Nous sommes dans une société de l’affection. On n’arrête pas de créer des moments du câlin collectif. Parce qu’on en a énormément besoin. C’est ça, les vacances.

Des câlins collectifs?

Jean Viard – Oui des câlins ! Le départ en tribu, les vacances en famille, c’est un ensemble de pratiques affectueuses. On n’a jamais autant parlé à nos enfants ! Ni à nos parents ! Il faut arrêter de faire comme si on était une société de la déstructuration. Nous sommes dans une société de la reconstitution du lien affectif.

Alors les vacances sont une sorte d’antidépresseur?

Boris Cyrulnik – Elles font partie des rythmes équilibrants. On ne peut pas travailler tout le temps sinon on risque le burn-out. Cela arrive aux gens qui ne savent pas vaquer. Tout le monde chante leurs louanges, ils travaillent énormément, et un jour, ils s’effondrent. C’est une production de la culture du sprint. Biologiquement et psychologiquement, il faut des ruptures de rythmes. Il faut des moments d’inversion, de repos, d’ennui…

Jean Viard – Paradoxalement, c’est la révolution industrielle qui a supprimé les alternances de rythmes. Dans les sociétés anciennes, il y avait les alternances de saisons, auxquelles on avait rajouté les alternances religieuses. La révolution industrielle nous a fait travailler sept jours sur sept. Les luttes sociales de l’après-guerre ont permis de reconstituer les alternances anciennes. Et depuis la mise en place des 35 heures, la nouvelle préoccupation est le pouvoir sur son emploi du temps. Ce n’est plus tellement le nombre d’heures travaillées qui compte, mais le moment où on peut les positionner dans sa vie. Il y en a qui choisissent le moment où ils peuvent travailler et d’autres qui le subissent. Toute la différence est là. Et dans la capacité à maîtriser le temps. Car dans cette société de vitesse, le nouveau luxe, c’est la lenteur.

Les vacances, une façon de vivre sa vie rêvée?

Jean Viard – L’essayiste Pascal Bruckner dit qu’aujourd’hui une vie réussie est une vie romanesque. Ce n’est plus une vie dont on a bien franchi les étapes : le travail, le mariage, l’armée… Ce qui compte à la fin de sa vie, c’est de pouvoir raconter une histoire.

Boris Cyrulnik – J’appelle ça les chapitres de la vie.

Est-ce que les vacances permettent d’écrire une page de ce roman?

Jean Viard – C’est un chapitre essentiel.

Boris Cyrulnik – Le loisir et les vacances sont un projet d’existence pour les jeunes couples. On travaille comme on peut, mais l’entente repose d’abord sur la façon dont on va partager ses moments de vacances.

Jean Viard réédite son Eloge de la mobilité aux Editions de L’Aube, 254p., 8,90€. Dernier ouvrage paru de Boris Cyrulnik: Mourir de dire. La honte, aux Editions Odile Jacob, 272p., 22,50€.

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J’avais oublié les photos des sépultures de Maria Callas et d’Oscar Wilde dont les traces de baisers en font une curiosité.

Bernard Pivot: Le roi Lire

J’aime beaucoup cet homme-là.  Depuis longtemps.  Découvert avec APOSTROPHES, émission disparue et jamais égalée. Longtemps, la musique d’ouverture a bercée nos

Un puits de science.  Une ardeur, une curiosité, une intelligence, une culture incroyable, à l’image de son autre émission de télé elle aussi disparue au profit de navets:  BOUILLON DE CULTURE.

Puis ses dictées… Ah!  Ses dictées!  Un plaisir et une souffrance à la fois.

Restent ses livres, dont « Les Mots de ma vie », un vrai régal.  Et la revue qu’il a fondée LIRE qu’on retrouve en kiosque.

Et, bonheur suprême pour qui aime entrevues d’auteurs, ses APOSTROPHES  de 1975 à 1985 sont disponibles sur le site ina.fr