François Cavanna raconte son histoire, depuis son enfance de fils de Ritals à Nogent-sur-Marne à sa lutte avec «Miss Parkinson», en passant par l’épopée d’Hara-Kiri et Charlie Hebdo.
«Quand j’étais enfant, tout en vivant ma vie je me la racontais. J’ai grandi. Un peu. Pas tellement. Et tout s’est mis à aller si vite que je n’arrivais pas à me raconter les choses au fur et à mesure. Alors, je les mettais de côté. Pour me les raconter plus tard, quand le tourbillon aurait pris une allure plus pépère. Ca n’est jamais arrivé. Alors j’ai raconté d’une main tout en me souvenant de l’autre.
Finalement, je me suis bien amusé. À vivre. À me regarder vivre. Je vous en souhaite autant.»
Dans le style inimitable de l’écrivain des Ritals, Cavanna ressort de ses archives une riche iconographie pour illustrer sa vie : celui qui fut dessinateur avant de se révéler comme écrivain dévoile des photos, images, dessins rares dans un beau livre grand format.
François Cavanna, qui fêtera ses 90 ans en février 2013, a commencé comme dessinateur avant de créer, avec Georges Bernier, Hara-Kiri et Charlie Hebdo. En 1978 paraissent Les Ritals, premier tome d’une autobiographie qui se poursuit avec Les Russkoffs et cinq autres tomes, tout au long de sa vie passée «à se raconter vivre». Cavanna raconte Cavanna reprend des extraits de ces autobiographies, augmentés de documents, photos, dessins, inédits ou introuvables.
À lire!


C’était ma préférence à moi.
Ça l’est toujours d’ailleurs. Aucune auteure n’a pris sa place dans ma bibliothèque et dans mon coeur.
Ceci arrive pour moi comme un beau cadeau de début d’année. Pour vous aussi j’espère, si vous connaissez et aimez cette femme hors du commun.
Bonne lecture!
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Extrait de L’EXPRESS qu’elle a fondé et longtemps dirigé avec Jean-Jacques Servant-Schreiber, oui, le père de l’autre et l’amour de sa vie.

AFP PHOTO PIERRE FRANCK COLOMBIER
Dix ans après le décès de Françoise Giroud, Gallimard publie une autobiographie, considérée comme disparue pendant des décennies, dans laquelle la fondatrice de L’Express raconte sans concession son enfance, ses débuts de journaliste et sa relation tourmentée avec JJSS.
Lorsqu’elle prend la plume pour écrire Une histoire de femme libre, François Giroud vient de faire une tentative de suicide après sa rupture avec le journaliste Jean-Jacques Servan-Schreiber, sa grande passion. Elle vient aussi de quitter L’Express, l’hebdomadaire qu’elle a créé avec lui en 1953.
La légende voulait qu’elle ait détruit ces écrits. C’est la journaliste et écrivain Alix de Saint-André, son amie, qui trouve le texte après son décès en 2003. « Je n’en ai pas cru mes yeux ! », raconte-t-elle à l’AFP. « En fait, à ma grande surprise, il reposait à l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine, ndlr) sous deux formes: une première version assez brève, racontant surtout sa tentative de suicide, et une seconde, retravaillée, et orchestrée autour du récit de sa vie ».
François Giroud ne voulait pas publier ces écrits
A l’époque, lorsque Françoise Giroud soumet ses écrits à des personnes de confiance, ces dernières trouvent la première version « littérairement mauvaise » et la seconde « tout aussi impubliable ». Françoise Giroud s’était rendue à leur avis, sans protester. Quarante ans après, la grande dame de la presse qualifiera ce texte de « hurlant » et « sauvage », ajoutant: « j’ai eu conscience qu’il ne fallait pas publier cela, qu’il ne faut pas toujours rendre public ce qu’on écrit ».
Alix de Saint-André et Caroline Eliacheff, la fille de Françoise Giroud, décident, elles, de le publier à l’occasion du dixième anniversaire de sa mort, le 19 janvier 2013. Sortiront aussi à cette occasion un récit d’Alix de Saint-André sur Françoise Giroud et une réédition d’un recueil de portraits écrit par cette dernière en 1952.
L’objectif de ces publications : « que ses lecteurs aient la joie de la retrouver telle qu’en elle-même, et que les nouvelles générations, qui ne la connaissent pas, puissent découvrir, de l’intérieur, le parcours de cette femme peu banale », dit Alix de Saint-André.
Elle décrit longuement sa relation avec JJSS
Née France Gourdji le 21 septembre 1916, dans une famille bourgeoise, Françoise Giroud brosse dans Histoire d’une femme libre, le titre originel, un autoportrait sans concession. Entre un père « beau, courageux, brillant » et une mère qui a tous les dons « y compris la beauté », elle se voit comme « quelque chose de ramassé, de compact, de court », une fille « hargneuse, butée » et « incongrue ». Flanquée, de plus, d’un sobriquet inélégant et détesté (« Bouchon »), dont elle ne se débarrassera qu’à l’âge de 23 ans.
Au fil des pages, de sa plume directe et percutante, elle revient sur son enfance, son adolescence désargentée, ses amours contrariées, analyse la société de l’époque. Françoise Giroud détaille sa collaboration avec Hélène Lazareff au sein du magazine Elle entre 1946 et 1953 et la naissance de L’Express, premier news magazine français.
Elle décrypte très longuement sa relation complexe avec JJSS, les raisons de leur séparation, son départ de l’hebdomadaire, et sa tentative de suicide.
Avec 
Uggie, le terrier Jack Russell qui partageait l’affiche de « The Artist » avec Jean Dujardin, livre les secrets de sa vie de chien comblé d’honneurs dans un ouvrage révélant « ses mémoires authentiques », en librairie le 24 octobre.
Agé de 10 ans, le chien le plus célèbre du cinéma d’aujourd’hui a laissé l’empreinte de sa patte sur Hollywood Boulevard, rejoignant les stars légendaires comme Marilyn Monroe ou Fred Astaire. Il se raconte à la première personne.
Wendy Holden, qui a « recueilli » ses souvenirs, évoque sa naissance en février 2002, sous le signe du Verseau, ce qui lui confère un tempérament « loyal, honnête, inventif, original mais aussi exhibitionniste ».
Il raconte son adoption par Omar, qui l’a sauvé de la fourrière, ses rencontres au cours de ses tournages avec les stars du cinéma et les remises de multiples « Palmes Dogs » qui ont récompensé sa carrière.
Drôle et parfois insolent, Uggie nous apprend comment il a dû s’adapter à la vie en communauté avec toutes sortes d’animaux, surtout les chats. Il évoque longuement son amitié avec Gordo (gros en espagnol), le bouledogue américain de son maître, et brosse les tableaux de ses nombreuses erreurs de jeunesse.
Cabotin, il dresse le portrait parfois surprenant des acteurs, producteurs et réalisateurs de films et confie ses préférences cinématographiques.
De nombreuses photographies immortalisant sa vie d’artiste prouvent qu’il est très photogénique.
« Uggie The Artist, ma vie, mon oeuvre » – Wendy Holden – éd. JC Lattès – 318 pages – 15 euros)

06 juin 2012 FIGARO
Vive le petit roi !
Interview de Marlène Schiappa, fondatrice du réseau Maman travaille et auteure d’“Éloge de l’enfant roi”
Par Sandra Franrenet
Régulièrement houspillé pour la liste longue comme le bras de ses défauts, l’enfant roi revient sur le devant de la scène avec le dernier ouvrage de Marlène Schiappa. Sauf que cette fois, ce n’est pas pour le clouer au pilori, mais pour prendre sa défense. Interview.
Lefigaro.fr/madame. – Un enfant roi, c’est quoi ?
Marlène Schiappa. – C’est l’enfant de l’autre ! J’ai interrogé une vingtaine de parents et une quinzaine d’experts potentiellement parents. Curieusement, personne ne trouve jamais son propre rejeton insupportable, alors qu’à les écouter, il y a des enfants rois partout ! Je crois que l’on assiste à un mélange des genres et à une belle hypocrisie. Il existe bien sûr des enfants mal élevés, violents, tortionnaires, délaissés. Peut-on pour autant les ranger dans la même catégorie ? Je ne le crois pas ! C’est la raison pour laquelle je distingue l’enfant roi de l’enfant tortionnaire et de l’enfant loup totalement livré à lui-même. Je crois qu’in fine, le vrai problème, c’est que les enfants nous dérangent : on ne supporte pas de les voir s’immiscer dans l’espace public ou plus simplement dans nos conversations d’adultes.
Si l’enfant roi n’est ni tyrannique, ni un enfant loup, qui est-ce ?
C’est un enfant gâté qui bénéficie d’une grande liberté de choix. Cette description montre d’ailleurs que le terme « roi » est mal choisi car il ne correspond pas à la réalité. Celui que l’on appelle « enfant roi » tient finalement plus du rebelle que du souverain : il questionne, remet en cause, bouleverse l’ordre établi, demande des comptes, argumente, présente ses cahiers de doléances, manifeste et met en exergue les contradictions du système dont il refuse les inégalités. Bref, il a plus à voir avec Robespierre qu’avec Louis XIV ! Je lui préfère donc largement le terme « révolutionnaire ».
“Se détacher des kits de prêt-à-dresser”
Jusqu’à présent, vous vous êtes penchée sur la question des mères qui travaillent. Pourquoi vous intéresser maintenant à celle de l’enfant roi ?
Je suis maman de deux petites filles dont on me dit régulièrement que ce sont des enfants rois. J’ai donc voulu comprendre pourquoi ma manière de les éduquer dérange… et j’ai compris ! Le truc du it parent aujourd’hui, c’est l’autorité. C’est tout juste si l’on ne regrette pas le temps où l’on agitait le martinet. Personnellement, je n’ai pas envie d’avoir ce genre de rapport avec mes enfants et je pense que je ne suis pas la seule. Mon livre vise donc à donner des arguments pour parer aux accusations de l’entourage et plus globalement de la société.
Éloge de l’enfant roi est un titre éloquent. Cela signifie-t-il que vous assumez d’avoir des enfants rois et que vous défendez ce type d’éducation ?
Depuis ce livre, je suis devenue une mère décomplexée qui assume l’éducation que je donne à mes filles. En revanche, loin de moi l’idée de défendre ni de prôner les mérites d’une méthode éducative plutôt qu’une autre. Mon objectif consiste simplement à remettre en question ce concept que je trouve très hypocrite à travers des théories, des témoignages et des faits réels et vérifiés. Pourquoi ne pas, pour une fois, montrer le bon côté de la médaille par une approche totalement subjective ?
Il est temps que les parents arrêtent de complexer et se fassent confiance.
Capricieux, insupportables, mal élevés… On pointe avec délectation les défauts des enfants rois. Dans votre ouvrage, vous vous efforcez de montrer leurs qualités. Quelles sont-elles ?
Elles sont nombreuses et le plus drôle, c’est que même ses plus puissants détracteurs lui reconnaissent les vertus les plus élogieuses ! Tous admettent que l’enfant roi est intelligent, empathique, bon négociateur et inspirant. À y regarder de plus près, ne s’agit-il pas des qualités que le monde de l’entreprise recherche désespérément ? Et le but ultime des parents n’est-il pas d’avoir des enfants qui s’insèrent dans la société en trouvant un travail ?
Quel message souhaitez-vous faire passer aux parents ?
De se détacher des kits de prêt-à-dresser et des réponses de garagiste du type : « Il a peur de dormir ? Couchez-le dans le noir et éteignez la lumière. » Un enfant n’est pas une voiture dont on peut conseiller à distance de changer un pneu si elle tire à gauche ! Il est temps que les parents arrêtent de complexer et se fassent confiance. Avoir un enfant roi, ça n’est pas si grave !
Éloge de l’enfant roi, de Marlène Schiappa (François Bourin Éditeur), en librairies le 12 juin 2012.

Le baiser ici illustré est de moi. Ce sont mes lèvres, mon adn. Je crois que maintenant, au lieu de cocher pour dire que je suis d’accord, je vais mettre mon sceau rouge à moi.
Le texte est de mon amie DENISE BOMBARDIER. Comment mieux dire?
Digressions sur l’amour
Prenons une pause de nos débats sociaux et politiques puisque le mardi 14, la Saint-Valentin, nous y invite. Bien sûr, les indifférents aux fêtes du calendrier liturgique, à celles de Noël et de Pâques, ainsi qu’aux fêtes des Mères et des Pères, ces «récupérations commerciales», ceux-ci n’en ont cure, eux qui échappent aux niaiseries populaires et sentimentales. Grand bien leur fasse. Mais nous sommes nombreux à apprécier ces moments, sorte de rites annuels, qui provoquent un effort de générosité et une réflexion aussi sur la vie, la mort et l’amour.
J’ai rencontré peu de gens, même parmi les moins expansifs, les plus discrets, qui refusaient de raconter le début de leurs histoires d’amour. Sans doute parce que le sentiment qui préside à l’émoi est vécu comme une naissance, ou plus exactement comme une renaissance. L’anglicisme le moins rebutant, «tomber en amour», correspond littéralement à l’émotion qui submerge lorsque l’autre, encore inconnu et mystérieux, renverse à la fois nos certitudes et nos habitudes. Cette émotion inattendue, imprévisible, à la fois violente (car on se sent tomber presque physiquement) et enivrante, appartient à l’exaltation de vivre.
En dépit de toutes les perturbations et de toutes les mutations subies dans ce monde de fou, obsédé de compresser le temps, de réduire les distances, d’échapper à la loi de la gravité, ce monde actuel de la virtualité, l’amour demeure le dernier repli de l’humanité espérante. En ce sens, les ruptures amoureuses sont avant tout l’expression d’une trop grande idéalisation de l’amour qu’il ne faut pas interpréter comme une perte de foi dans le sentiment amoureux. À preuve, la majorité des éclopés du coeur pratiquent la récidive. L’augmentation de l’espérance de vie porte fruits. Il y a des amours tardives aussi délectables que les crus classés des vendanges tardives. Pour paraphraser Richard Desjardins, «quand on aime une fois, on aime pour toujours», mais il arrive que cette réalité se répète au cours d’une même vie.
D’une certaine manière, on ne cesse pas d’aimer ceux que l’on a aimés. En ce sens, la fidélité demeure. Les désamours ne relèveraient-ils pas plutôt des conjonctures de la vie, de l’évolution des personnes à une étape donnée lorsque les chemins s’éloignent ou se perdent? Car il y a un réconfort certain à ne pas renier les amours anciennes afin de ne pas altérer sa propre capacité à aimer encore et toujours.
L’amour échappe à toute rationalité, à toute typologie de la psychologie pop, à tous les codes et à ces garde-fous sociaux. Le sentiment amoureux ne s’explique pas, ne se justifie pas, ne se décortique pas. Il nous enferme dans son mystère, nous grise et de façon fugace nous fait découvrir la lueur de l’immortalité. Et l’amour, parce qu’il est aveugle, permet à chacun au-delà des canons de la beauté, de l’âge, des classes sociales, d’espérer le croiser sur sa route.
Les déchirements amoureux sont indissociables du sentiment lui-même. Aimer c’est souffrir inévitablement. Le début des amours rend euphorique, mais cette euphorie ne nous immunise pas contre les peines à venir. C’est sans doute pour cela «qu’on voudrait mourir lorsqu’on est heureux», comme le chante Isabelle Aubret.
Certains sont plus doués que d’autres pour le bonheur amoureux. J’ai rencontré cette semaine un couple de soixante ans, marié depuis quarante-trois ans, qui s’est connu à treize ans. Elle était la plus belle de l’école, se rappelle-t-il encore. Un jour, quelques années plus tard, ils se sont retrouvés. «Je vais te marier et t’emmener voir le tombeau de Lénine», lui a-t-il déclaré en guise de demande en mariage. C’étaient les années soixante, il admirait Lénine et avant tout Marie Curie. Ils se sont épousés et sur la place Rouge, devant le tombeau de son idole, il a pleuré toutes les larmes de son corps avec sa bien-aimée à ses côtés. Puis, le pèlerinage s’est poursuivi à Paris, au laboratoire de sa première idole.
Cet homme toujours fou de sa femme se souvient de tout. Or, il y a un an, on l’a diagnostiqué. Il est atteint de la maladie d’Alzheimer. L’autre soir, à table, la vividité de sa mémoire amoureuse donnait à penser que sa longue et exceptionnelle histoire d’amour avec celle qu’il regarde avec des yeux à la fois allumés et inquiets sera la dernière à s’effacer de son esprit. Sa femme écoutait le récit de leur longue vie aussi prospère qu’amoureuse avec l’admiration que commande l’amour. Il fallait être attentif pour percevoir chez elle la sourde angoisse que cette éclatante mémoire amoureuse ne s’efface lentement et inexorablement.
Le sentiment amoureux a traversé tous les cataclysmes, toutes les guerres, toutes les modes. L’amour au XXIe siècle, malgré ce qu’on en dit, malgré les caricatures, malgré les désacralisations, malgré le cynisme affiché et la peur de l’engagement travestie en choix de vie émancipée, cet amour demeure le seul remède contre l’angoisse de vivre si présente dans notre monde tumultueux de l’individualisme régnant.
denbombardier@videotron.ca

Je salue ici Denise et ses analyses toujours si justes. Et le DEVOIR qui les publient.
Huit millions
Vous vous souvenez du temps où nous étions six millions? Il fallait se parler, comme nous invitait à le faire une publicité de marque de bière. C’était une époque où nous avions l’impression de tous nous connaître dès que nous sortions de Montréal. C’était en 1976, l’année de tous les espoirs. Le premier ministre René Lévesque était adulé par une majorité de Québécois et commandait le respect de tous les autres. On croyait au changement, à un dépassement collectif, à la solidarité. On croyait au bonheur, au début d’un temps nouveau que chantait Renée Claude. La moitié des gens n’ont pas trente ans, écrivait Stéphane Venne, l’auteur de cette chanson reprise en chœur par tous ceux qui avaient le 15 novembre porté le Parti québécois au pouvoir.
Je me souviens du Noël qui a suivi ce 15 novembre euphorique transformé en un printemps d’espérance. Ce Noël-là, les discussions dans les familles réunies autour de la dinde traditionnelle étaient si intenses, si passionnelles qu’on en oubliait le goût du volatile. On était six millions à se parler en tentant de se convaincre. Nous nous savions tous en sursis de référendum. Nous voulions tous gagner, oui ou non confondus. Je me souviens de la déclaration solennelle de feu mon beau-père devant ses petits-enfants réunis. «René Lévesque est un bon homme. Ce n’est pas le mien et ça n’est pas mon parti, mais au référendum, jamais je ne voterai contre mes petits-fils.» Cet engagement valait bien toutes les bénédictions paternelles auxquelles il s’était toujours soustrait bien qu’il fût de cette génération où le patriarche exerçait cette prérogative annuelle devant la famille agenouillée.
À Noël 1976, on était six millions à se parler dans le blanc des yeux, sans jeter un regard sur le téléphone intelligent, sans twitter ni envoyer des textos pendant les discussions enflammées. On traversait des rues où les gens s’étaient donné le mot pour mettre des sapins multicolores devant leurs portes, où tous les édifices publics se disputaient l’honneur d’avoir le sapin le plus haut, le plus gros, le plus scintillant, avec ou sans crèche. À Noël 1976, les vieux se sentaient rajeunis et les jeunes, fous, bougalous et un peu stone, faisaient encore semblant de respecter leurs aînés qu’ils s’appliquaient à convaincre du bien-fondé de l’indépendance.
À Noël 2011, on est huit millions et le moral collectif est en berne. Et cela semble plus difficile de se parler malgré toute la quincaillerie technologique. Noël pose problème quand on est huit millions de Québécois au passé tricoté de moins en moins serré. On est huit millions, les vieux sont plus nombreux que jamais, la natalité moindre et les horizons multiculturels. Finis les rigodons, les chansons d’Édith Butler, les «fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous» de Ferland. Noël se chante souvent en anglais, les accommodements raisonnables sont à l’ordre du jour et au coeur des discussions dans les réunions de famille et ce qu’il en reste. À Noël 2011, les statistiques publiées cette semaine le démontrent, l’espérance de vie atteint des sommets alors que l’espérance tout court déserte de plus en plus de personnes, jeunes ou vieilles.
À Noël 2011, nous sommes huit millions de Québécois, et parmi les croyants fervents, de plus en plus ne sont pas chrétiens. Une minorité grandissante ne peut pas chanter Ô Canada, terre de nos aïeux, mais ils pourraient reprendre en choeur «terre de nos descendants». La langue française n’est plus la langue maternelle d’un nombre croissant de nos compatriotes. Comment interprètent-ils notre fierté d’être Québécois? À nous regarder vivre et parler, y croient-ils? Nos nostalgies respectives ne peuvent pas être partagées, et en ce sens, Noël, que cela dérange ou pas, demeure une fête problématique. D’ailleurs, elle l’est déjà pour tous les «de souche» qui ont arraché avec rage ou indifférence ces racines religieuses qui ont défini notre identité, c’est-à-dire notre vision du monde et de nous-mêmes dans nos rapports aux autres ou à une quelconque transcendance.
Nous sommes huit millions, et pour des raisons diverses, plus ou moins avouées, plusieurs sont portés à penser que cette évolution culturelle, irréversible à l’évidence, ne peut être source de préoccupations légitimes. Ce temps de l’année, au contraire, oblige à réfléchir. À nous interroger sur notre propre fidélité à nos convictions, sur notre solidarité aux autres, ceux que l’on aime inconditionnellement mais aussi à nos amis, nos connaissances et plus largement nos compatriotes québécois, ces huit millions de gens qui partagent un même territoire sans partager les mêmes mythes, les mêmes symboles, les mêmes héros.
Nous sommes huit millions à Noël 2011, et qu’une grande partie des Québécois soient plongés dans une nostalgie qu’ils tentent de revivre dans ces fêtes de retrouvailles familiales et amicales ne devrait pas porter ombrage à quiconque. Et tous les très vieux devraient, à Noël, radoter devant les enfants croulant sous les cadeaux de leur temps où, à minuit, à l’heure où Jésus naissait, il tombait de la neige ouatée et où ils se réjouissaient de l’orange qu’ils recevaient en cadeau.
Joyeux Noël et bonne année à tous!
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N.B.
Et puis, en plus d’être polémiste et à l’occasion pamphlétaire, elle est l’auteur de nombreux livres, dont celui-ci et tant d’autres qui font sourire et réfléchir.
Nous nous voyons peu, mais je l’aime beaucoup. Elle est forte et généreuse, déterminée et fragile, lettrée et sensible, féministe et féminine, sincère, avec un formidable sens de l’amitié. Elle pense ce qu’elle dit et dit ce qu’elle pense. Elle est droite et directe comme une flèche et fait mouche (presque) à chaque fois. Que ça plaise ou non.
À Paris, à Montréal ou ailleurs, elle « tient salon » et ses dîners sont toujours pimentés de propos vifs et intelligents, ses invités sont brillants et drôles. Son Jim est un être délicat et formidablement lettré, avec un sens de l’humour rafraîchissant. La compagnie des dames l’enchante, ce qui prouve sa grande intelligence.
Denise, c’est Madame de Sévigné 3.0, c’est d’Artagnan, en robe du soir…
Un beau et rare mélange.
- JE LES TROUVE TOUS TRÈS BEAU SUR CETTE PHOTO. C’EST ÉMOUVANT DE PENSER À LEUR HISTOIRE, SANS SAVOIR QUI ILS SONT, CE QU’ILS ONT FAIT, OÙ ILS SONT RENDUS, ETC. CELA ME FAIT RÊVER…
- 26 novembre 2011
- La Presse
- JEAN- CHRISTOPHE LAURENCE MONTRÉAL PLURIEL
Que reste- t- il du Montréal yiddish?
Autrefois très répandue à Montréal, la langue des Juifs d’europe de l’est n’est plus parlée que par les Hassidim, les survivants de l’holocauste et quelques créateurs illuminés. « Après le français et l’anglais, le yiddish était la troisième langue la plus parlée et la plus affichée à Montréal. » — Chantal Ringuet
Une fois par semaine, Tamara Kramer rend visite à des petits vieux de la communauté juive. En échange de quelques danoises, elle leur demande d’expliquer un mot yiddish, Fleishedicke, qui signifie « souper à la viande » .
PHOTO ARCHIVES DE LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE JUIVE DE MONTRÉAL Ces rencontres font ensuite l’objet d’une petite chronique vidéo ( Danish& Yiddish) qu’elle diffuse sur shtetlmontreal. com, son blogue consacré à la culture juive actuelle.
« Ce n’est pas si évident. Il faut trouver des gens qui parlent encore la langue. Il n’y en a plus tant que ça » , lance Tamara.
Comme la plupart des jeunes Juifs d’origine ashkénaze ( d’europe de l’est), Tamara Kramer a été élevée en anglais. Elle ne connaît pas grandchose de la langue de ses grands- parents et le regrette. D’où cette envie d’explorer le vocabulaire yiddish.
« Ma mère le comprend, mais ne le parle qu’un peu. Et moi, pas vraiment. Mais plus je vieillis, plus je m’y intéresse. Parce que c’est une langue particulièrement colorée. Avec des expressions savoureuses et des termes forts, qui devraient être utilisés plus souvent… »
Inévitable sans doute, le déclin du yiddish est quand même surprenant. Car il n’y a pas si longtemps, on le parlait abondamment dans nos rues. À une certaine époque, Montréal était même considéré comme un haut lieu de la culture juive en Amérique.
« Après le français et l’anglais, le yiddish était la troisième langue la plus parlée et la plus affichée à Montréal, souligne Chantal Ringuet, auteure du livre À la découverte du Montréal yiddish, qui vient de paraître aux Éditions Fidès. C’était un phénomène très important, qui a profité du fait que la ville était déjà bilingue. »
Selon Mme Ringuet, 60 000 Juifs montréalais parlaient couramment yiddish en 1930, soit 97% de la communauté. Ce chiffre est aujourd’hui tombé à un maigre 3%, petit groupe essentiellement composé de survivants de l’holocauste.
Seule exception, et elle est durable : les Juifs hassidiques ( environ 12 000 personnes) ont conservé le yiddish comme langue principale, ce qui constitue, comme la plupart de leurs signes distinctifs, un autre rempart contre la modernité.
Se fondre dans la masse
La plus importante immigration juive d’europe de l’est a eu lieu dans la première moitié du XXE siècle et cette présence a laissé des traces.
Outre la religion, ces nouveaux Montréalais ont amené avec eux une certaine vision du monde et de la politique. Ils ont notamment fait beaucoup pour la lutte ouvrière au Québec et révélé d’importants leaders syndicaux comme Lea Roback et Joseph Shubert.
Le monde des arts ne fut pas en reste. Bien avant les Canadiens- f rança is , qui voyaient la ville comme un monde de pauvreté et d’aliénation, les peintres et les écrivains juifs ont été les premiers à exalter Montréal, ses rues et sa montagne. « Ils étaient modernes avant la lettre, résume Chantal Ringuet. Leur vision de l’urbanité
Réunion de groupe du Jewish National Fund à Montréal, en 1920. était positive, originale et rafraîchissante. »
Très actif, ce milieu de créateurs yiddishophones donnera naissance à des figures marquantes comme le poète Jacob- Isaac Segal, la poète Ida Maze et la romancière Rokhl Korn. Cette crème intellectuelle fera de Montréal une vi l le juive incontournable, cer tains allant jusqu’à la surnommer « la Petite Jérusalem d’amérique » .
Comment, alors, expliquer ce dramatique décl in du yiddish ?
L’envie de se fondre dans la société d’accueil , croit tout simplement Chantal Ringuet : « En Europe, le yiddish était la langue des persécutés. Ici c’était la langue des immigrés. Normal que plusieurs ne l’aient pas transmis à leurs enfants. Ils ne voulaient pas être à la marge. Ils ne voulaient pas vivre avec le poids de la Shoah. Ils étaient venus ici pour devenir des Canadiens et des Nord- Américains. Alors ils sont passés à l’anglais. »
Un petit revival
Malgré tout, le yiddish n’a pas encore dit son dernier mot. Depuis quelques années, une nouvelle génération de Juifs a recommencé à explorer la langue de ses ancêtres.
« Je sens un petit revival, confirme Tamara Kramer. Pas énorme. Mais je crois que certains sont nostalgiques… »
Autrefois langue du peuple, le yiddish est désormais enseigné à l’université, parfois jusqu’à de très hauts degrés de raffinement. Fait intéressant, cette discipline n’attire pas seulement les Juifs, mais aussi ceux qui ne le sont pas. Référence dans le domaine, le Québécois Pierre Anctil a mis cette passion au service de la littérature, traduisant, pour des lecteurs francophones, quelques auteurs yiddish d’avant et d’après- guerre.
Impossible enfin, de ne pas citer la vague néo- klezmer, qui conjugue ce renouveau culturel avec la réhabilitation de la musique juive d’europe de l’est.
Figure de proue de ce mouvement, le Montréalais Socalled s’est fait connaître dans le monde entier en mettant de vieilles chansons yiddish au service du hip- hop à moins que ce ne soit l’inverse. Ses recherches ethno music ologiques l’ont amené à connaître la langue, mais encore aujourd’hui, il se dit loin de l’avoir domptée.
« J’aimerais parler plus souvent yiddish, mais avec qui ? Parfois, je jase avec des vieux qui ne parlent pas anglais. Mais la plupart du temps, ça m’aide surtout à parler de dirigelt ( loyer) avec mon propriétaire hassidique… »
LA BIBLIOTHÈQUE JUIVE DE MONTRÉAL EST OUVERTE TOUS LES JOURS.
ET POUR SE METTRE DANS L’AMBIANCE, LIRE MORDECAI RICHLER, CONSIDÉRÉ COMME L’UN DE NOS GRANDS ÉCRIVAINS CANADIENS. SES LIVRES SONT PEUPLÉS DE PERSONNAGES COLORÉS, ÉMOUVANTS, QUI ONT FAIT DE MONTRÉAL CETTE VILLE UNIQUE, TRAIT-D’UNION ENTRE LA VIEILLE EUROPE ET L’AMÉRIQUE.

La petite leçon d’éducation à la dure d’une «mère Tigre»
Mots clés : éducation, famille, autorité, Amy Chua
Par Agnès Leclair Mis à jour le 07/11/2011 à 15:21 | publié le 06/11/2011 à 09:00 Réactions (37)

«Mes filles me voient comme quelqu’un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père !», explique Amy Chua. Crédits photo : Rex Features/REX/SIPA/Rex Features/REX/SIPA
Amy Chua, professeur à Yale, préconise la sévérité avec les enfants. La traduction de son livre vient de sortir en France.
Paru en janvier dernier aux États-Unis et aujourd’hui publié en France, le livre d’Amy Chua sur l’éducation de ses enfants, L’Hymne de bataille de la mère Tigre, a déjà provoqué un tollé des deux côtés de l’Atlantique.
Doté d’un sens aiguisé de la provocation, ce professeur de droit de la prestigieuse université de Yale prône, dans son ouvrage, les principes d’une éducation «à la chinoise» qu’elle a appliqués à ses deux filles, Sophia et Lulu: ne jamais laisser ses enfants participer à une journée de jeux ou dormir chez des amis, exiger les meilleures notes et la première place aux classements, avoir deux ans d’avance en maths, choisir des activités parascolaires élitistes (piano pour l’aînée, violon pour la cadette) et leur consacrer plusieurs heures par jour.
L’universitaire, hantée par la peur de la décadence de sa lignée, s’amuse à bousculer au passage les principes de l’éducation occidentale actuelle. Apprendre n’est pas forcément amusant, martèle l’universitaire, comparer ses enfants entre eux pour les piquer au vif peut être efficace, les traiter de «minables» est justifié s’ils ne font pas d’efforts (en vous offrant une carte d’anniversaire bâclée, par exemple), les complimenter en public est une hérésie… De quoi déclencher une bronca mondiale contre la tiger mother!
Son humour a échappé à bien des lecteurs
«Cette tempête a été en partie provoqué par l’angoisse des Américains du déclin de leur pays et de l’émergence de la Chine. Mon récit n’aurait blessé personne s’il s’était appelé “L’Hymne de bataille de la mère roumaine”», analyse rétrospectivement Amy Chua, qui tient au passage à rétablir quelques vérités : «Dans ce livre, je décris mes pires moments en tant que mère mais je ne suis certainement pas une maman cruelle. D’ailleurs, mes filles me voient comme quelqu’un de très drôle, légèrement dingue et excessif. Elles craignent davantage leur père!» Son humour, qui transparaît à chaque page, a en tout cas échappé à bien des lecteurs. Mais au-delà de la dérision, Amy Chua reste une mère sévère et fière de l’être. Une revendication qui semble aujourd’hui presque incongrue. Dans la bouche d’une «mère Tigre» comme dans celle d’une maman lambda.
«Les autres parents trouvent parfois que je suis dure ou anachronique. Mais il n’y a pas de secret, estime Cécile, une quadragénaire mère de quatre enfants âgés de 3 à 12 ans, tous les premiers de la classe, dans le privé ou dans le public, suivent des règles strictes à la maison.» Pas de télé, pas de console de jeux, lecture obligatoire, deux heures de devoirs par jour pour les plus grands et visite de musée deux fois par mois: c’est le programme éducatif qui fait fréquemment passer cette Parisienne, chargée de clientèle, pour une «extraterrestre». «C’est désagréable de faire respecter des règles car on a le mauvais rôle, mais je sais que mes enfants seront contents plus tard, dit-elle. De plus, ces principes ne m’empêchent pas de tout faire pour qu’ils soient épanouis et de prôner une approche ludique de la culture», souligne Cécile.
Valérie, une jeune maman qui n’hésite pas à priver son fils de 10 ans de sorties avec les amis ou de distractions après une désobéissance, se heurte aussi à l’incompréhension des autres parents. «J’ose à peine dire qu’il ne peut pas aller à un anniversaire parce qu’il est puni. On me regarde de travers», glisse la jeune femme.
Le succès du livre d’Amy Chua est-il une réaction à des années de laxisme?, s’est interrogé le magazine du New York Times. «J’ai reçu des centaines de gentils mails écrits par des parents qui se sont risqués à un peu plus de fermeté avec leurs enfants après avoir lu mon livre. Ils étaient apparemment surpris des bons résultats obtenus. J’ai aussi reçu de nombreux témoignages de gens séduits par l’idée qu’il fallait parier sur la force de ses enfants plutôt que sur leur faiblesse», répond l’auteur.
L’Hymne de bataille de la mère Tigre, Amy Chua, Gallimard.
«Les parents sont devenus les servants de leurs enfants»
Questions à Aldo Naouri, psychiatre et auteur
La sévérité a-t-elle disparu ?
Chez nous, l’enfant est au sommet de la pyramide familiale depuis une cinquantaine d’années. Les parents sont devenus les servants de leurs enfants. Ces derniers sont considérés comme des génies qui vont spontanément exprimer leurs potentialités. Cette idéologie permet de se faire aimer de ses enfants et ils grandissent avec l’idée que tout leur est dû. Attention au revers de la médaille! Ce qui est délicieux à 12 mois devient plus dur à gérer ensuite.
Que pensez-vous de l’autorité version «mère tigre» ?
C’est l’excès inverse de ce que font les parents aujourd’hui dans le monde occidental. Ce livre a sans doute un certain retentissement car il dénonce en creux la façon dont on anesthésie les enfants en les gâtant et en les privant du manque, moteur du désir et du sentiment d’exister. Mais Amy Chua va plus loin. Elle ne se contente pas d’aguerrir ses enfants, elle les rend guerriers. Elle les élève pour la compétition. Certes, cette méthode produit des performances, mais il existe une voie médiane. L’autorité, ce n’est pas l’autoritarisme. Aider ses enfants à réussir, c’est les aider à s’humaniser, à maîtriser leurs pulsions et à vivre avec les autres sans pour autant les écraser. Bref, faire en sorte qu’un enfant trouve sa place.
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Ses citations font mes beaux jours. Elles ont sa flamboyance et sa lucidité.
Il avait tous les talents et tous les vices.
Ce fut un éclat de génie qui traversa son siècle puritain, il en souffrit beaucoup.
Il mourut seul et désemparé à ce qui est maintenant l’Hôtel du 13 rue des Beaux-Arts à St-Germain. Une chambre porte son nom.


I once had to write about her. And I came up with this expression that reflects who she is and what she does: she is America’s Dream Catcher. The way natives Indians had and still have dream catchers at their doors to emprison their wishes.
Her new book is coming out. Another great achievement ahead.
